LES BIARDS Isigny le Buat

Publié par Georges DODEMAN

LES BIARDS Isigny le Buat

Connu de nos jours pour son grand carrefour désormais refait tout à côté d'une zone artisanale dont on attend un développement pour les communes alentour, les Biards était autrefois un fief de première importance grâce à son château fort, un des plus anciens et formidables de la région, situé dans le site naturel de la vallée de la Sélune, entièrement noyée en 1932 quand se construisirent les barrages.

Le site était sans doute de très ancienne habitation puisque l'érudit abbé Desroches y signala en 1838, la découverte de coins de bronze, et en 1900 l'instituteur Gautier, un tumulus antique au site de la Ville, près du château.

L'étymologie elle-même de la commune est aussi incertaine : de « Bung » ou « Bigard », la hauteur en saxon, ou Bi-Arts (enclos), ou encore (mais plus controversé) de la tribu gauloise des Ambibares, frontaliers au Sud, des Abrincates.

On doit à l'instituteur Leneveu (présent aux Biards de 1905 à 1919 d’où il partit pour Lingreville) une belle monographique historique sur la commune dans laquelle nous avons amplement « pioché » une étude toponymique intéressante :

  • la Ville doit s'y comprendre non au sens actuel, mais à celui du plus gros hameau de la paroisse à proximité immédiate du château ;
  • La Gasnerais provient de Gasnier, aubergiste, sur l'ancienne route Saint-Hilaire-Ducey ;
  • La Tromière : de troma, sentier ;
  • La Bichetière endroit où on fabriquait les bichets ou mesures à grain ;
  • L'Aumône, du nom de ces terres données à l'Église par les fondateurs, le plus souvent nobles ;
  • La Gravengerie, car les gravengers étaient les collecteurs des revenus d'une vicomté ;
  • Le Perray, barrage ou bonde d'un étang.
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Le Perray

Ce lieudit, désormais orthographié « le Perret » , doit son nom aux bondes ou barrages de pierres, d'étangs ou de petits plans d'eau qui jouxtaient ordinairement les petits fiefs nobles sous l'Ancien Régime. Par chance, même si la physionomie du village a pas mal changé, elle garde néanmoins la pierre de voûte ou de réemploi qui canalise le ruisseau dit de l'Isolant, vestige de cette étymologie.

Mis à part la grande baronnie des Biards, le fief du Perray faisait à peu près le double (300 verges soit 60 hectares) de celui de la Mazure. Il était au XVème siècle aux de Guitton, illustre famille de St-James, puis aux de Gaalon et aux Davy de Vezins.

Le corps de ferme utilise quelques pierres de réemploi sans doute du manoir originel, bordé à l'Est autrefois par un petit étang de 2-3 ares de superficie, transformé en abreuvoir avant la Grande Guerre. De la chapelle St-Jean-Baptiste, ne subsistent que les murs en ruines et un bénitier. Ce bâtiment de 6,87 m x 5,13m était couvert en tuiles et éclairé par une fenêtre à vaste baie. On y entrait par deux portes à usage bien particulier : lors des Rogations qui y venaient en procession jusque dans les années 1850, les ouailles de Vezins y entraient par la porte Ouest surmontée d'un petit campanile et celles de Mesnil-Thébault et les Biards par la porte Nord. Le manoir ayant cessé d'être habité début XVIIIème siècle, la chapelle fut désaffectée et son dernier propriétaire avant la Révolution, M.Davy (famille qui conserve encore le missel de ce petit édifice) brûla la statue et l'autel en bois pour éviter les profanations.

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Vous découvrirez à la fin de cet article de nombreuses photos sur Les Biards

Au Moyen Age

Du fait de son importance à l'époque féodale, l'histoire de la paroisse primitive est assez bien connue car étudiée par un grand nombre d'historiens et que l'on peut résumer ainsi. La baronnie des Biards (voir notre encadré sur les « barons des Biards ») est directement liée aux débuts de la Normandie ducale. Des Avenel des Biards sont signalés à la Conquête et la formidable forteresse dominant les gorges de la Sélune était au départ une pièce maîtresse à l'Ouest d'un quadrilatère défensif Tinchebray, les Loges, le Teilleul dont Mortain était le centre.

Cette baronnie considérable qui s'étendait fort loin jusqu'à les Chéris, Chalandrey, Marcilly, mais aussi Heussé aux limites du Teilleul, perdit un peu de son importance une centaine d'années plus tard quand, en 1082 (date de la construction du Prieuré dont on va parler plus loin), Saint-Hilaire, mieux placée juste aux frontières de la Bretagne et du Maine, prit de l'importance. Un phénomène à rapprocher de celui de la forteresse de Charuel (Sacey) quand Pontorson autre « ville nouvelle » bénéficia des générosités ducales (exemptions d'impôts, justice ducale directe) pour inciter l'économie à démarrer dans une province bien structurée jusqu'à sa prise par le roi de France Philippe-Auguste un peu plus tard en 1202.

Les grands barons des Biards

Sous les premiers ducs de Normandie, cette baronnie, avait pour vocation de prendre la suite de la ligne établie sur le Couesnon contre les incursions bretonnes et de défendre l'étroit défilé allant en gros, de Ducey à Saint-Hilaire, là où s'étale encore pour quelques temps le plan d'eau des barrages. En face, c'était la « Terre gaste » ou terre dévastée, vaste « no man's land » ce glacis sur lequel s'opéraient les allées et venues des Bretons et des Normands.

Cette baronnie, point stratégique de la ligne de défense normande devait donc être confiée à des hommes sûrs et il n'est pas étonnant que le premier sénéchal du château construit autour de l'An Mil soit Guillaume Avenel. Participant à la Conquête de 1066, il était d'ailleurs, l'année précédente, de l'expédition contre le duc breton Conan de Dol dont les empiètements étaient continuels sur cette frontière mouvante.

En 1096, l'évêque Turgis d'Avranches ayant prêché la croisade, se retrouvèrent sous les murs de Jérusalem, trois preux chevaliers des Biards : Guillaume et Fraslin Avenel, Geoffroy Ferrey. Malheureusement, lors de la succession du Conquérant, les Avenel ayant pris le parti des adversaires du futur gagnant Henri Beauclerc, le château fut détruit et le fief remis à un de ses fidèles, François de Subligny, future victime du naufrage de la Blanche nef en 1120. Malgré tout, le fief revint une cinquantaine d'années plus tard aux Avenel, un autre Guillaume, personnage considérable, sénéchal de tout le comté d'Avranches de 1150 à 1191 obtiendra d'y ajouter, grâce à l'appui du fameux abbé du Mont Robert de Torigni, l'important fief du Mesnil-Adelée. Son fils Robert Avenel est en 1189 de la troisième croisade et à l'origine de la fameuse légende d'Avoise, inventée il faut bien le dire par H. Sauvage et dont nous parlons par ailleurs.

En 1204, lorsqu'il fallut choisir entre la France et l'Angleterre, la famille se divisa. Même chose pendant la guerre de Cent Ans où Robert Avenel disparaissant en 1380, la baronnie se partagea entre ses deux filles : l'une, épousant le sieur de la Champagne en Plomb et l'autre le sieur d'Amfréville qui fera relever les murailles du château détruit en 1368 par du Guesclin. Le fief doit à sa situation de frontière avec la Bretagne un certain renforcement en 1469 sous Guyon des Biards et de beaux mariages pour ses fille et petite-fille ; la première avec Jean de Tardes, échanson royal et la seconde en 1517 avec Nicolas de Mouy, sieur de la belle forteresse royale de Chinon. Antoine de Mouy rend encore aveu en 1555 mais cette famille vend la baronnie aux Le Prévost en 1575 ; puis par alliance, elle revient aux du Parc, une famille importante dans la mouvance royale (François du Parc sera lieutenant général au gouvernement de la province) qui rachète même en 1609 la seigneurie de la Mancellière.

François du Parc ayant du mal à être partout à la fois vend une partie de ses domaines à sa sœur qui épouse en 1665 Louis de Pierrepont, sieur de St-Marcouf. C'est cette famille qui mènera la baronnie des Biards à son apogée puisqu'en 1690, le Roi-Soleil l'érige en marquisat pour services rendus aux armées par Louis de Pierrepont. Son fils Charles uni aux de Macey et ses descendants directs seront au XVIIIème siècle les derniers représentants des fameux barons des Biards dont plusieurs s'étaient illustrés aux croisades. Ils résidaient à la Ville, dans un vieux manoir rénové en 1740 en maison bourgeoise : deux pièces au rez-de-chaussée avec un premier étage et une couverture en essentes de châtaignier. Guillaume, dont la mère Anne de Pierrepont, avait épousé en secondes noces en 1759 Jacques d'Oillamson, fut en titre le dernier baron des Biards. En 1789, il n'avait plus que deux infimes possessions aux Biards, la Ville et le Manoir. Il fut également électeur pour la noblesse mais émigra avant les états généraux et, à ce titre, se fit confisquer comme biens nationaux ces dernières possessions.

Pour rester dans cette époque des véritables débuts de la paroisse, il faut se dire aussi que le bourg ne se trouvait pas à l'emplacement actuel. On l'a vu, il y avait déjà autour du château fort à « la Ville » un gros rassemblement humain mais le bourg, autour de sa première église très certainement en bois, se situait entre la Rue-Gérault et la Grande-Chapronnière, sans doute dans le lieu-dit « le champ St-Martin »... St Martin qui est l'évangélisateur de toute la région et comme par hasard également, le patron de la paroisse. Le cimetière était tout à côté, lieu-dit « la Fosse », et un champ voisin nommé « le Brûslin » accrédite bien la thèse que l’église brûla pendant la Guerre de Cent Ans.

Ce qui nous ramène au fameux Prieuré fondé trois siècles plus tôt lui, exactement où se situe le bourg actuel. En 1249, l'archévêque Eudes Rigaud (celui là même qui offrit la plus grosse cloche de la cathédrale de Rouen d'où le fameux adage « sonner à tire la Rigaud » !) y trouva seulement sept religieux, des bâtiments déjà en mauvais état et un prieur trop souple sur la règle, se faisant sermonner car il allait trop souvent trinquer « au bourg » avec les laïcs ! Ce qui montre bien que le bourg, comme on va le voir plus loin, n'était pas là où il est actuellement.

Le château ayant été démantelé en 1368 par les garnisons de Champeaux et Genêts aux ordres de du Guesclin, on peut penser que l'église primitive fut elle aussi brûlée dans ces parages et qu'il y eut une entente entre les paroissiens et le prieuré dont la chapelle dut servir provisoirement d'église. L'histoire officielle de celle-ci, du fait d'une datation sur une verrière aujourd'hui disparue, démarre en 1532 mais plusieurs détails architecturaux montrent qu'elle est plus ancienne. On sait aussi que le prieuré n'était plus conventuel à cette époque ; les prieurs étaient toujours nommés par l'abbaye de la Couture près du Mans (à qui le prieuré avait été donné, tout comme l'église de Vezins) par Guillaume d'Astin (ou Datin), mais n'étant pas tenus à résidence, ils nommaient un procurateur et touchaient les (faibles) revenus. Ce fut d'ailleurs le prétexte maintes fois réitéré de ne rien y faire ! Et le bâtiment, menaçant ruine, ne reçut plus jamais de moines.

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Sous l'Ancien Régime

Donc le bourg, autour de deux dates encore imprécises (osons entre 1370, juste après le sac du château et 1450 soit en gros la fin des combats de la guerre de Cent Ans dans notre région) se transporta là où il est actuellement, non loin du siège de la baronnie un peu plus bas et de quelques fiefs moins importants que nous allons maintenant citer. Il y avait on l'a vu, les biens (religieux) du Prieuré qui avait aussi des terres à St-Martin-de-Landelles ; il touchait la plupart des dîmes ce qui l'obligeait à entretenir les deux tiers du chœur de l'église.

Plus à l'Ouest, la Mazure, selon un aveu de 1485, relevait des comtes de Mortain avec manoir, pêcherie, habité par les de Verdun, illustre famille de l'Avranchin qui compta dans ses rangs les fameux défenseurs du Mont St-Michel. En 1572, ils ajoutèrent à ces 32 hectares, la Chapronnière ; puis le fief passa par mariage aux Benoist de la Closerie (1625-1700) où Anne Benoist épousa Robert de la Mazure sieur de la Bretonnière. On le voit donc, le nom de la fameuse base nautique part de loin ! A partir de 1758, il fut loué aux de Launay et, jusqu'en 1850, les habitants du village avaient encore l'habitude d'emmener paître leurs moutons dans les bois de la Mazure, survivance de l'ancien droit de « brebiage ».

Le Perray (300 vergées soit environ 60 hectares en 1750) était au XVème siècle aux Guitton, autre grande famille de la région établie aussi sur St-James, puis aux Davy (1) que l'on retrouvera bientôt sur Vezins par mariage avec les de Gaalon. Là aussi, il y avait manoir et dépendances dont une chapelle St-Jean Baptiste.

(1) on reparlera plus en détail de ces Davy, auxquels un de leurs descendants actuels a d'ailleurs consacré plusieurs livres, dans la rubrique Vezins mais on citera pour l'anecdote que le célèbre écrivain Alexandre Dumas, dans ses mémoires, signalera qu'il avait pour ancêtres un Davy ayant épousé une demoiselle du Maast (d'où...Dumas) de Ducey. Or, les archives nous montrent qu'en 1668, Louis de Gaalon (famille apparentée aux Davy, du Perray), eut pour marraine une certaine Marguerite du Maast, de Ducey...A creuser donc... il n'y a pas de fumée sans feu !

Non fieffés mais habitants nobles de la paroisse, il faut signaler les Férey à la Desnière, sieurs du Manoir et de nombreuses terres à Virey proche de Saint-Hilaire et les Poret présents à la Bouffetière de 1600 à la Révolution.

Dans l'Ancien régime, il faut encore citer comme familles « notables » : les Le Prieur (à Monthallé) avocats à la vicomté de Mortain au XVIIIème siècle, les Houstin, sieurs de la Bichetière dont Pierre fut délégué des habitants des Biards aux États généraux. A la même époque révolutionnaire, Gilles Blanchet, sieur de l'Aumône, fut délégué aux élections du Tiers-État. Au XVIIIème siècle, Les Lair de la Gérardière, avocats au Parlement, furent les constructeurs (1787) du château de l'Aubinière (voir encadré). Jean Joseph Lair, fut d'ailleurs maire des Biards de 1800 à 1816.

Le château de l'Aubinière

Discrètement situé en contrebas du carrefour des Biards, ce joli manoir mêle tout à la fois de pittoresques tourelles et une harmonie très ancien régime qui lui confère un charme provincial certain. On sait par la date de 1787 portée en tête d'une de ses cheminées qu'il fut construit par Jean Joseph Julien Lair de la Gérardière. Il était fils (en 1755) du seigneur de ce lieu, allié aux Monthallé et à la tête d'une fortune considérable.

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Il avait racheté pendant la Révolution ce qui restait des propriétés du marquis d'Oillamson, dernier baron des Biards (voir ci-dessus) et était en 1812 une des personnalités les plus importantes du canton. Il avait été délégué de la commune à l'élection des États généraux de 1789, maire de 1800 à 1816, membre du conseil d'arrondissement.

Après plusieurs ventes, héritages et partages, le manoir fut acheté en 1924 par Victor Garnier du Mesnil-Boeufs et attribué par donation-partage, quatre ans plus tard, à sa fille Armandine Garnier. A la mort de cette dernière en 1955, l'association diocésaine de Paris en hérita,en fit une colonie de vacances, puis le vendit en 1957 à M. Denis Renaudin qui le restaura avec beaucoup de soin. Depuis 2006, le château de l’Aubinière appartient à M. Jean-Pierre Derouand.

On y entre par un petit mur en demi-cercle et ce qui frappe, c'est la symétrie rigoureuse de la façade. A l'intérieur, les pièces du rez-de-chaussée ont conservé leurs boiseries anciennes et un escalier central du XVIIIème siècle. Une cheminée à hotte du XVIIème siècle, donc de récupération, est surmontée d'un écu bordé d'une torsade avec des fleurs de lys qui sont l'enseigne des nombreux tabellions qui exerçaient aux Biards à cette époque dont un certain François Lericollais-l'Aubinière en 1662. Serait-il l'ancien propriétaire du manoir originel... et le fantôme dont la jolie bâtisse serait, paraît-il, hantée ?

On sait par les registres paroissiaux qui font état des visites épiscopales de Mgrs César Leblanc (1721) et surtout Durand de Missy (1748), qu'il y avait plus de 1600 habitants aux Biards et des tas de professions étonnantes de nos jours : avocats, chirurgiens, tabellions, des émigrants au Canada (1) et même un gros poste de « gabelous », c'est-à-dire employés des fermes du Roi, chargés de traquer les faux-sauniers, contrebandiers du sel avec la Bretagne toute proche. Un lieutenant et quatre ou cinq archers ou gardes s'embusquaient aux points de passages connus comme ce 24 février 1737 où ils interpellèrent un convoi de 8 chevaux, mettant la main sur près d'une tonne de sel gris. Les fraudeurs parvinrent à s'échapper mais se vengèrent en assiégeant et fusillant le poste ! Le 14 mars 1772, ces « douaniers » furent de nouveau mêlés à une échauffourée bien loin de leurs bases, en renfort jusqu'au sortir de Parigny sur la route de Mortain, passé Saint-Hilaire.

La Révolution

A la Révolution on l'a vu, la grande « baronnie » érigée en marquisat sous Louis le Grand, avait rétréci comme peau de chagrin. En 1792, le marquis d'Oillamson n'avait plus ici que deux fermes à la Ville et au Rocher et les notables résidents donnaient plutôt dans les idées nouvelles, allant siéger à Paris. Le curé Houstin refusa de prêter serment à la Constitution civile du clergé, il émigra et le culte fut assuré par les réfractaires Charuel et surtout René Prével futur martyr de sa foi. L'église fut dépouillée, vases et ornements transférés à Mortain, tout comme les cloches ; seule la petite fut sauvée pour échouer à l'église de Martigny.

Les décades et le culte de la Déesse Raison ne furent pas suivis et les plus chauds partisans de la Révolution invités à se montrer prudents si loin des garnisons de la Garde nationale de Saint-Hilaire ou Ducey, excitées par les exactions des Chouans ; témoin ce crime du 3 août 1795 où François Leroux, 19 ans « fut innocemment tué par un volontaire en furie sortant de combattre les Chouans ».

Un combat eut lieu aux environs de la Ville où les royalistes, moins nombreux, ne durent leur salut qu'en s'immergeant sous les ronciers bordant le ruisseau de l'Yvrande.

(1) au XVIIIème siècle, la petite paroisse des Biards fournit dix fois plus d'émigrants vers le Québec que des grandes villes comme St-Lô, Avranches ou Granville. On cite surtout des Pelchat puis leur parent Jean Thomassin né en 1722, décédé en 1834 qui se fixa en 1757 au séminaire de St-Joachim au Canada. (A noter aussi François Aubut, en 1747 pêcheur en Gaspésie où il fonda souche).

La mort de l'abbé René Prével est à placer dans la litanie de ces « règlements de comptes » qui émaillent toutes les guerres civiles. Le 17 janvier 1796, le maréchal-ferrant fut tué d'un coup de fusil par les Chouans, dans son échoppe au bourg, sans doute parce qu'il donnait dans les idées nouvelles. Or, le lendemain, le prêtre réfractaire René Prével qui venait de donner des soins en campagne eut le tort de s'arrêter et de répondre aux sommations aux Landettes. Reconnu par les Mobiles de Ducey, il fut immédiatement percé de plusieurs coups de baïonnette. Originaire des Biards (1763) où il avait été vicaire, puis curé de Chalendrey, c'est lui qui aurait dû rouvrir l'église au Concordat, tâche qui échut de 1800 à 1803, à l'abbé Charuel ensuite longtemps curé de St-James. Son successeur, Jean-Denis Passais, originaire de Barenton, était bien vu de la population du fait de ses talents accessoires de médecin (moins bien considéré de l'épiscopat car il avait été nommé par l'évêque constitutionnel Bécherel). Même chose pour l'instituteur jusqu'à la chute de l'Empire : François Poret, guère en odeur de sainteté lui non plus du fait de son parcours plutôt singulier ; né ici en 1764, c'était un ancien cistercien de l'abbaye de Savigny qui devint... moine-soldat à l'appel des volontaires de l'An II ! Revenu aux Biards, il ouvrit en 1790, de son propre chef et à la satisfaction de tous, une école « républicaine » aux Louvelières.

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Pays de légendes

Vu l'importance de la paroisse, de sa baronnie et de sa trace dans l'Histoire, il ne faut pas s'étonner que les Biards ait excité les imaginations, particulièrement celle des auteurs du XIXème siècle, période propice en rêveries romantiques de toutes sortes. Bien sûr, c'est autour de la « Ville » des Biards, là où se situait l'antique forteresse, que l'on trouve le plus de jolis contes.

La fameuse devise frappant la « maudite ville des Biards qui chaque jour décatit d'un liard » comporte sans doute une part de vérité car, pendant le haut moyen âge, elle perdit de son importance par rapport à Saint-Hilaire ; Saint Hilaire, fondée rappelons-le en 1082 en même temps que le prieuré des Biards, la supplanta car mieux placée à la jonction des deux grosses provinces de Bretagne et du Maine. Pour expliquer la chose, on raconta la belle histoire de St-Guillaume (peut être Guillaume Firmat, le fameux ermite dont on trouve trace, fontaines, etc. un peu partout dans le Mortainais et dont le chef trône dans la collégiale ?) abrité sous le rocher du même nom et ravitaillé quotidiennement par un âne dont les habitants du cru finirent par avoir bêtement la peau, d'où le fameux anathème ?

Toujours à la Ville, le prolixe historien du Mortainais Hyppolite Sauvage accrédita la légende que la jeune châtelaine Avoise ayant « fauté » pendant que son père était aux croisades, découverte, aurait sauté dans le vide et, miraculeusement sauvée, aurait vécu des années cachée avec la complicité de sa nourrice, tout en face à la chapelle de la Madeleine, située sur l'autre rive, maintenant en Saint-Martin-de-Landelles. Les ruines de cette chapelle étaient encore visible fin XIXème siècle, mais là encore, il ne semble s'agir que d'une jolie légende.

Du fait des guerres et des trois démantèlements successifs du château, l'hypothèse d'un trésor ressurgit, toujours à cette époque. La plus amusante se situe à la fin de la Guerre de Cent Ans, quand le châtelain anglais, à la veille d'être pris, décida de jeter ses immenses richesses dans la « cave » la plus profonde de la Sélune, trou de rivière passant sous ses murailles. Dans ce trésor, trois belles cloches d'argent qu'on peut voir miroiter par beau temps, paraît-il, au fond des eaux et que l'on entend tinter, une fois l'an, pendant la messe de minuit.

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Plus étayées, les rumeurs lancinantes selon lesquelles « entre la fontaine à Guibet (située à la Ville) et la Roche-Debout (vers la Garlière, au-delà du Pont des Biards), un trésor est caché ». Dans les années 1830, des ressortissants britanniques vinrent fouiller on ne sait quoi à la Tromière ; des gens des Biards que tout le monde croyait dans la gêne et qui surent à Ducey dans un estaminet, leur tirer les vers du nez, devinrent subitement riches... Avaient ils devancé les imprudents Anglais ? En 1860, il fut encore question d'Anglais (ah, perfide Albion !) cherchant à creuser sous une pierre ronde au manoir de l'Aubinière... où ils durent réveiller quelque spectre, ainsi que le laissait entendre en 1914, l'instituteur Leneveu : « ce manoir a la réputation d'être hanté... La nuit tombée, on y entend des bruits suspects de pas, des rafales de vent ». Les Biards ne manquant pas de patrimoine historique... on ne prête qu'aux riches n'est-ce-pas ?

L'ère moderne

Après l'Empire, la situation de la commune est bien connue grâce aux archives. Il y a 1042 habitants en 1821 et les Biards doit se préoccuper des écoles (voir ce chapitre) et surtout des voiries. De ce côté, tout le réseau vicinal sera achevé en cinquante ans : la route de Saint-Martin-de-Landelles (1864-1875), de la Ville aux Cinq Tournées (1843-1850), de Vezins aux Cinq Tournées par la Lande (1857), la Planche (1849), la Poissonnière (1875), les Hautes-Landes (1911), la Desnière (1906).

La vie communale est marquée par le long sacerdoce du curé François Lericolais (1823-1848) et c'est son successeur l'abbé Desgrippes qui bénit le 11 mai 1848 le chêne de la Liberté planté près de la barrière du cimetière.

L'examen des archives municipales nous montre des élus tout d'abord préoccupés par la voirie : Jean Joseph Lair (1800-1816) ; Jacques Pinel (1816-1831) qui enregistre sous son mandat déjà une forte baisse de population : seulement 1042 habitants quand on en dénombrait 1649 lors des visites épiscopales avant la Révolution.

Sous Henry Martin (1832-1838), la demande pour les écoles se fait pressante de la part des préfets et de l'Académie mais c'est son successeur Louis Charuel (1838-1848) qui verra en 1845 la réalisation du projet école de garçons plus mairie.

Sous Charles Davy (1846-1869), hormis le chêne de la Liberté évoqué plus haut (abattu en 1954) a lieu le transfert du cimetière (1857) et la construction de la nouvelle école de filles (1866). Nous détaillons l'activité école un peu plus loin dans un chapitre spécialement dédié.

Depuis 1860, la fête St-Nicolas (9 mai) se tient au bourg. Avant, elle se tenait à la chapelle du même nom, à la Ville et on s’y rendait en procession lors des Rogations, C'était l'ancienne chapelle du château et la statue du saint était censée aider les enfants à marcher; on y venait de toutes les paroisses alentour. C'est aussi là, dans le pré attenant dit « bruyère St-Nicolas », que se tint jusqu'en 1810 la « foire aux chats », elle aussi immémoriale. Elle se tenait dans les festivités de Carnaval à Carême prenant c’est-à-dire le premier jour de l’entrée en Carême.

Michel Lericollais (1869-1870) supervise à partir de 1864 le passage du chemin de grande communication qui traverse désormais le bourg.

A la fin du siècle néanmoins, sous le long mandat de Louis Davy de 1870 à 1926, les Biards perd rapidement beaucoup d'habitants : 911 en 1870... 695 en 1911, même si le bourg est bien actif et a bien failli disparaître dans l'incendie parti le 15 juillet 1904 de la boulangerie Lericolais. Il y a un boucher, un boulanger, six épiciers également aubergistes et de nombreux artisans : un bourrelier, trois charpentiers, quatre charrons, deux menuisiers, deux tisserands.

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Dans cette période, juste avant la « Belle Époque », les Biards s'est doté (1882) d'un bureau de bienfaisance qui, chaque mois, délivre 140 kg de pain et 8 kg de graisse pour faire de la soupe à destination de la dizaine de pauvres qu'entretient la commune ainsi que d’une assistance médicale et pharmaceutique (1894). L'agriculture se modernise et le Crédit agricole consent des prêts et des aides au développement à partir de 1913.

La Grande Guerre fait 42 morts aux Biards ; le monument est inauguré dans la foulée (1919) et, entre les deux conflits, la période est fertile en développement pour cette commune bientôt très concernée par la transformation de la vallée.

Le conseil, sous Jean Abraham (1927-1932), doit prévoir l’accueil, tout comme Vezins proche, de milliers d'ouvriers qui construisent les ponts et le barrage.

Mais les Biards sous le mandat François Martin (1932-1935), outre la démission du conseil municipal en 1935 lors de la poussée des bouilleurs de cru, est surtout concerné par les allées et venues autour de ses deux ponts et de ceux voisins de la République à Virey, et de celui sur l’Air, si bucolique et si difficile à réaliser car en courbe. La vallée va changer d’aspect, ses deux moulins vont être recouverts d’eau ; nul doute que ces grands travaux on dû attirer beaucoup de curieux !

La guerre

Pendant la dernière guerre, les Allemands arrivèrent dans la commune à la mi-juin 1940 ; sur cette commune de 660 habitants, il y eut quarante et un prisonniers, soit à peu près le même nombre que de morts pendant la Grande Guerre et deux tués (Pierre Renault et Henri Laigre).

Des réfugiés, venus de Cherbourg, y séjournèrent pendant tout le conflit, accueillis par le maire Louis Gauchet (1935-1943) mais c'est surtout à la Libération que tout se gâta. Les Alliés durent s’y reprendre à trois fois pour détruire le pont, finalement abattu les 17-18 juillet 1944. Ce ne fut pas sans mal car il y avait un gros poste de DCA à la Poissonnière qui finit par toucher deux avions allemands dont l’un tomba près du bourg et l'autre à l'Aubinière derrière le château, sur la ferme de Madame Pinet ; l’avion s’enterra dans le sol et prit feu. L’un des deux occupants avait sauté en parachute et atterri chez Clément Bouteloup où il fut fait prisonnier.

L'Occupation joua son rôle dans les chassés croisés de maires durant cette triste période. Montrant peu de zèle aux demandes allemandes, notamment pour le S.T.O, Louis Gauchet fut révoqué par Vichy fin 1943. Il fut remplacé successivement par Victor Rioult du 19/11/1943 au 4/12/1943, Louis Coudray du 4/12/1943 au 17/01/1945 puis par Louis Dubreil (1945-1965) à la Libération.

C'est en 1929 que pour la première fois, ses concitoyens envoyèrent M. Louis Dubreil siéger à l'assemblée municipale. Constamment réélu depuis, il n'interrompit ses fonctions que pendant les quinze mois de sa révocation par le régime de Vichy. Le 9 mars 1945, il était élu maire et son activité allait très heureusement s'exercer dans trois domaines tout à fait différents mais particulièrement utiles :

-L'adduction d'eau : comme il fallait fournir l'eau à l'école des filles et que la proximité du cimetière ne permettait pas l'ouverture d'un puits, le projet d'adduction fut mis à l'étude en 1947, les travaux adjugés en 1954 entre autres à l'entreprise Novello pour le château d'eau (hauteur 12 mètres, capacité 53 M3) et la station de pompage. Le 1er mai 1956, l'eau coulait sur les éviers du bourg et l'année suivante aux villages du Gage, de la Ville et peu à peu dans toute la commune.

  • La voirie rurale : après guerre, de nombreux chantiers furent menés à terme ; virage de la Poterie (1950), la Bichetière (1953), la Gasneraie (1955). L'année suivante, ce furent le bourg (goudronnage du chemin du cimetière et 2 km de vicinaux) et en 1957, la rue Gérault puis le Bois d'Isigny et la Hautonnière, sans oublier la reconstruction du pont des Biards en 1953, l'éclairage du bourg en 1955 et le parking de la mairie en 1963.
  • La rénovation de l’école et de la mairie en 1964.

Émile Boulet, maire du 31 mai 1965 au 11 avril 1977, vit la création de la commune-canton et surtout l'aménagement du carrefour des Biards (1973), la mise en viabilité de nombreux chemins desservant les fermes mais aussi la rénovation du presbytère et l’installation d’une cantine à l’école.

Henri Detoc, son successeur, (11/04/1977 au 23/06/1995) quitta ses concitoyens le 11 mars 2008 dans sa 81ème année. Pour retrouver trace de son engagement dans la vie publique, il fallait remonter au 21 mars 1965, date à laquelle il entra au conseil municipal en tant qu'adjoint. Il s’investit dans plusieurs associations, créant le comité des fêtes en 1980 et prenant la présidence de la société de chasse pendant 39 ans. En 2001, il fut nommé président d'honneur de la Mazure.

Parmi les principales réalisations effectuées pendant ses mandats, il faut citer : la rénovation de la tour de l’église (1980), l’organisation foncière (1982) commencée sous la municipalité précédente, l’assainissement du bourg (1984), la construction de 4 logements HLM cité de la Sélune (1988), la pose de la première pierre de la base de loisirs de la Mazure (1989), l’aménagement de la traversée du bourg (1991) et de la salle polyvalente (1994) puis la mise en service de 10 gîtes à la Mazure avec camping et tennis.

Eugène Lemonnier (né en 1946), maire-délégué du 23/06/1995 au 27/03/2014, adjoint de la commune-canton de 2001 à 2008, a donc participé aux travaux de La Mazure depuis la fusion comme on le verra en rubrique terminale d'Isigny-le-Buat.

Au cours de ses mandats, Eugène Lemonnier aura réalisé deux logements sociaux dans l’ancienne maison Lurois (1997), le parking du bourg (1998), 4 logements HLM cité de la Sélune (2002) et la rénovation de la salle des fêtes (2005).

Eugène Lemonnier replace la situation des Biards dans la période actuelle ainsi : « grâce à la construction privée et aux initiatives communales comme le nouveau lotissement de 17 parcelles opérationnel fin 2014, la population a pu passer de 380 à 428 habitants, d'où de la jeunesse, de l'activité. Par contre, deux dossiers sont préoccupants : l'arasement des barrages avec son incidence sur la pêche, donc le tourisme, et surtout le devenir de la base nautique de la Mazure. Enfin, dans le cadre de la réforme des collectivités, Isigny aurait dû obtenir une dérogation pour sauver l'originalité, de son fonctionnement depuis quarante ans. A long terme, on peut craindre la perte totale d'identité de nos communes ».

Pour l'avenir de la base de la Mazure, à l'heure où nous faisons paraître cet ouvrage, rien n'est encore joué mais son président Maurice Orvain, tout comme le maire délégué Eugène Lemonnier ne sont guère rassurés par l'avancement du dossier : « Rappelons que nous agissons comme association loi de 1901 ayant convention renouvelable tous les cinq ans avec la commune-canton. Or, malgré les difficultés croissantes, baisse des aides notamment, nous avions su nous assurer une clientèle fidèle. L'arasement en remettrait une couche côté difficultés. On nous avait promis sur 2009-2014 une reconversion exemplaire, mais nous en sommes toujours au niveau des études et le temps presse ». De fait, dans un an, soit à l'heure où nous écrivons ces lignes, en 2015 devrait s'opérer les débuts de la vidange et quatre ans plus tard, le fameux arasement...

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Le bourg d’hier et d’aujourd’hui

L'église

La vie religieuse

On ne sait rien ou pas grand chose de l'église primitive des Biards. Elle fut sans doute contemporaine de la complète évangélisation de l'Avranchin quand, en 578, Léodovald évêque d'Avranches, en recevant de Tours des reliques de St-Martin, signala que trente églises de la région se placèrent sous sa protection. Les Biards (dont c'est justement le patron) devait être du nombre.

L’église fut sans doute un modeste bâtiment de bois, situé comme nous l'avons dit plus haut, à l'emplacement de l'ancien bourg, entre la rue Géraud et la Chapronnière, soit donc à moins d'un km à l'Ouest du bourg actuel ; elle dut souffrir des incursions normandes, et là, nous en sommes plus sûrs, des destructions de la guerre de Cent Ans.

Le château ayant été détruit en 1368, sauf la chapelle St-Nicolas épargnée par les troupes de du Guesclin, on peut penser que l'église brûla elle aussi et qu'une entente put se faire dans les années 1400 avec le prieuré (où il n'y avait plus de moines) et dont la chapelle servit alors provisoirement d'église paroissiale. La dédicace un peu plus de cent ans plus tard (1532) de Martin de Broc, abbé de St-Callez, prieur de Berné et des Biards, d'une verrière disparue vers 1880 semble accréditer cet échange de bons procédés.

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Le portail d'entrée de l’église actuelle (singulièrement décalé d'un mètre à gauche et non situé au centre), de même que la tour et le tympan de tuffeau blanc représentant St-Martin, semblent en effet antérieurs à cette date. Les deux chapelles furent refaites en 1751, les fenêtres de la nef en 1760, le chœur en 1897. En 1639, on refondit la petite cloche pour en faire une plus grosse qui ne dura que quelques années (1671). Il fallut refondre deux fois encore en 1749 et pas pour longtemps puisque des trois cloches existantes, deux partirent à Mortain pour faire des canons, la plus petite allant à Martigny. Les cloches actuelles, offertes par la famille Pautret, la commune et le curé Fouasse, datent de 1876. Deux nouvelles cloches furent encore offertes par les anciens combattants en 1929.

Outre le toit de son clocher à bâtière caractéristique de l'architecture normande, cette belle église qui a connu en 1980 de grands travaux réalisés par l'entreprise spécialisée caennaise Dagan, possède une belle fresque de l'Annonciation effectuée (1960) par un ecclésiastique à la fibre artistique, l'abbé André Lecoutey (1890-1974). Originaire de la Bloutière, élève de Maurice Denis et de Georges Desvallières, touché par la foi en 1926, ordonné en 1932, vicaire de Saint Nicolas de Coutances, curé de Hyenville et Montchaton, puis des Biards de 1955 à 1970, il est aussi l'auteur d'un remarquable chemin de croix à Martigny.

Le 29 juin 1967, Marcel Blanchet, originaire de la commune, sera ordonné prêtre par Mgr Wicquart. En 1970, au départ de l'abbé Lecoutey, l'église est administrée par Robert Langlois avant l'arrivée, le 12 septembre 1971, de l'abbé Mary, dans un presbytère entièrement rénové. Le père Mary, originaire d’une famille d’agriculteurs, fut ordonné prêtre en 1944. Il était apprécié pour ses qualités d’organisateur : animation d’un comité d’accueil pour estivants et création du club du 3ème âge. Ce qui le caractérisait, c’était sa franchise, son sens du dévouement, sa compréhension des problèmes.

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Les écoles

Compte tenu de l'importance historique de la baronnie des Biards, on peut penser que l'enseignement y fut ici présent dès les débuts du XVIIème siècle, même s'il fallut attendre un siècle plus tard pour en trouver les premières traces historiques certaines, notamment les visites épiscopales de Mgr Durand de Missy en 1748 et de l'archidiacre de Mortain, en 1763. Dès cette époque, le prélat note que les deux vicaires (Martin Bouteloup et François Leprieur) tiennent l'école des garçons et François Buat celle des filles. En 1763, c'est Jacqueline Hoguet qui officie pour les filles.

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Pendant la Révolution, prend place un intermède curieux François Poret (né aux Biards en 1764), ancien moine de Savigny mais aussi ancien soldat de l'an II qui tiendra classe aux Louvellières de 1790 à la fin de l'Empire où, en butte aux tracasseries du clergé, il dut cesser cette activité. Ensuite, grâce à la monographie de l'instituteur Leneveu, l'histoire de l'école des Biards est bien connue, de même que la liste (ci dessous) de ses enseignants jusqu'à nos jours.

La première école de garçons fut construite de 1842 à 1845, remplaçant une « maison d'école » en location, la dépense étant couverte par la vente de terrains communaux. Les filles, de leur côté, allaient en classe jusqu'en 1860 dans une vieille maison située chemin de la Poissonnière, avant la construction d'une école spécifique en 1866 dans le haut du bourg, près du presbytère.

Trop petite, l'école de garçons fut remplacée en 1884 par une nouvelle, formant ensemble avec la mairie. La bibliothèque scolaire fut créée en 1872, le fonctionnement des écoles étant ainsi organisé à partir de la Grande Guerre : accueil du cours préparatoire mixte à l'école-mairie « du bas » puis les fillettes rejoignaient ensuite l'école « du haut ».

En 1964, l’école-mairie fut rénovée ; l’inauguration eut lieu le 27 septembre en présence du sous-préfet. Dix sept ans plus tard, l’école des filles était fermée ; la cantine construite à côté du préau a existé jusqu’en 1991 ; elle était tenue par Madame Lecarpentier. Plus tard en 1994, suite à la fermeture de l’école des garçons, les classes ont été transformées en salle communale.

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Mme Pelchat

toute sa carrière aux Biards

En 1991, quand elle prit sa retraite après 34 années de présence et un bon millier d'enfants éduqués, ce fut dans la petite commune une page qui se tourna avec un peu de tristesse car en même temps, fut fermée l'école. Avec la directrice, s'en allait aussi la cantinière Mme Lecarpentier, en poste ici également depuis 17 ans. Plus d'école, plus de curé, la petite commune prit assurément un coup au moral !

Venant de sa Bretagne natale, Mme Pelchat était arrivée en 1957 aux Biards, prenant en charge à 19 ans, une classe de 40 élèves du CE1 au certificat, y poursuivant ensuite toute sa carrière avec, en 1969, le titre de directrice.

Patience, compréhension, fermeté, auront marqué au moins deux générations d'enfants des Biards « Quand je suis arrivée, très bien accueillie par mes collègues les époux Chaptois, les enfants buvaient du cidre comme les parents, venaient à l'école en sabots et quand je suis partie... ils faisaient de l'ordinateur ». Toute une époque en effet, quand les premiers enfants arrivés, à tour de rôle, allumaient le poêle à bois et faisaient l'animation du bourg car il n'y avait pas encore de cantine, ouverte en haut seulement dix ans plus tard en 1965-66. Les plus éloignés, venant de la Rue Gérault par exemple, rentraient le midi à pied l'été mais l'hiver mangeaient chez la couturière Renée Lecarpentier. Les parents qui avaient les moyens payaient pension chez Mme Juhère, une douzaine allait chez Mme Raisne... dont l'établissement commençait à ressembler à une cantine ! D'autres, avec six sous, allaient acheter un peu de jambon chez la bouchère Pascaline Lemonnier, les autres se contentant d'un bout de lard, précautionneusement enveloppé dans le cartable, mangé rapidement sous le préau avant d'aller jouer à des jeux désormais disparus : les barres ou échelles pour les filles et, pour les garçons, les « caniques » et osselets à la belle saison, le « casse-marrons » en automne, ou encore, la poursuite des hannetons qui, au début du siècle faisait l'objet de campagnes d'éradication directement menées par les instituteurs. Après guerre, ce n'était plus le cas mais les garçons s'entendaient encore bien à faire vrombir les malheureux insectes au bout d'un fil pour faire peur et faire « la nique » aux filles !

La Mazure

une bonne idée...difficile à concrétiser !

Ce magnifique concept de départ, avec son fort esprit social et d'éducation populaire de 1964 à 1985, fut « pollué » par les ambitions démesurées d'un politicien local lequel, n'en étant pas à une contradiction près dans son parcours dans le Sud-Manche, est maintenant le boutefeu de la destruction des barrages, obligeant à une nouvelle et totale remise en cause de cet établissement original.

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1964-1982 : sous les auspices de bénévoles motivés MM. Piochon et Magnat, animés par « l'esprit Mazure » basé sur les principes de l'éducation populaire, un peu plus de deux décennies d'un développement progressif et harmonieux vont exister à la Mazure. A partir de 1967 sous le nom de « Loisirs et Plein Air », puis en 1968 aux Petites Bruyères en St-Martin-de-Landelles, l'activité s'officialise avec l'obtention de l'agrément Jeunesse et Sports et les premières classes-camping avec le lycée technique Claude Lehec.

En 1972, pour des raisons d'accès et de port mieux orienté, la base émigre à la Mazure sur les Biards et, en 1975, pour raisons de santé, M. Piochon laisse la place à Fernand Junca. Sous la responsabilité de Georges Magnat, la base vit ses meilleures heures ; sa flottille d'une cinquantaine de canoës et dériveurs fait évoluer des classes primaires mais aussi des privés. En 1982, elle s'étoffe encore avec des locaux agrandis, une restauration désormais assurée par Gilbert Laffilay ; l'année suivante, Pierre Blanchais est embauché pour répondre à la demande grandissante de classes vertes.

Las... « pour vivre heureux, vivons cachés » disait le poète ; cette réussite attire l'attention de Michel Thoury, à l'époque « seulement » conseiller général-maire de St-James dont les « grandes idées » amènent la zizanie. Georges Magnat, gardien de l'esprit initial, grand défenseur du caractère social de la base (et surtout respectueux des deniers publics !) souhaite une extension raisonnée du site et s'oppose violemment au président Junca qui cède à l'appel des sirènes... c'est-à-dire aux mirifiques projets de Michel Thoury, tout nouveau président du syndicat des lacs. En 1986, c'est la rupture : les fondateurs s'en vont, la base continue d'accueillir des groupes mais dans la difficulté (les bénévoles sont partis), le seuil de rentabilité n'est plus atteint, les problèmes financiers émergent...rapidement renfloués par le syndicat des lacs, au détriment des communes parties prenantes.

« Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse » semble dire l'ambitieux président du syndicat des lacs, et, en 1988, est posée la première pierre de la « nouvelle » Mazure dont les débuts sont périlleux. Écarté des débats, Fernand Junca a laissé la place, les présidents se suivent : Jean Gosse en 1988, puis Clément Chesnel en 1990 pour un an, avant de céder la place dans la foulée à Bernard Pinel.

Même chose à la direction de la base : Philippe Leguélinel tient un an ; lui succède Danièle Hélary une hôtelière qui n'est pas tout à fait raccord avec le caractère social de l'association, et, de toute façon, ne peut tenir ses objectifs. En 1991, elle est remplacée par Michel Grosse, cuisinier de formation, ayant carte blanche pour optimiser la rentabilité du site... en créant un restaurant (le « Pic Epeiche »). Les banquets de troisième âge côtoient... les groupes de jeunes en classes vertes ! « Qui trop embrasse, mal étreint » dit-on ! La nouvelle dynamique peine à se mettre en place, les unes après les autres, les communes parties prenantes du fameux syndicat des lacs ont abandonné le navire, et en 1993, Bernard Pinel qui est déjà depuis vingt ans, conseiller général et maire de la commune-canton, récupère la présidence de l'association mais surtout le management direct de la base. 1993, il faut s'en souvenir, c'est l'année de la vidange des lacs, laquelle, comme prévu, ne génère pas que des bons résultats.

Malgré tout, au bénéfice d'un dossier bien étudié, la base dès l'année suivante, et donc sous l'égide de la seule commune-canton prend une nouvelle dimension sous la direction de Daniel Galopin : création d'un village de gîtes, d'un camping et d'un coin baignade. Dix ans de pause avant que de nouveaux nuages s'amoncellent à l'horizon : en 2003, même si l'écologie est à la mode, des menaces sur les barrages se précisent de plus en plus (poussées, cherchez l'erreur, par le même personnage, désormais défenseur de la qualité de l'eau et des petits poissons !). Elles amèneront un fort mouvement de population en leur faveur (2007-2009) dont nous parlerons amplement à la rubrique Vezins. Mais la Mazure qui n'avait pas besoin de ça, se trouve désormais face à un nouveau et réel dilemme : faire marcher, dans le contexte des années 2015-2020, une base nautique...sans eau ! Sacré challenge !

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