VEZINS Isigny le Buat

Publié par Georges DODEMAN

VEZINS Isigny le Buat

Dans le prolongement du plateau, sorte de barrage naturel prolongeant et dominant les gorges de la Sélune juste avant de plonger sur les étendues de la Baie du Mont St-Michel, Vezins fut dans le passé toujours étroitement associé à la baronnie des Biards. Face au « Terregaste » qui dit bien son nom de terre dévastée, grand glacis longtemps ouvert aux incursions bretonnes, les deux paroisses furent étroitement associées à la ligne de défense de la Normandie ducale comme le prouvent les occurrences de dates.

En effet, ce n'est pas un hasard si la première mention officielle de Vezins date de 1082. Cette année-là, les frères Gautier et Raoul d'Astin (sans doute « d'Hastings en 1066 lors de la Conquête, puis « Datin ») qui ont un autre frère, Johel, abbé de la Couture (près du Mans), font de nombreuses donations locales, dont une au premier curé-prieur, un certain Guillaume Isolant... qui a donné son nom au petit ruisseau du même nom se jetant dans la Sélune.

1082, c'est la date de fondation du prieuré des Biards mais aussi celle de la fondation de la ville de Saint-Hilaire, tout ça dans une période de relative paix et prospérité dans ce petit coin de Bocage, jusqu'ici plutôt malmené par les soubresauts de l'Histoire. C'est l'époque où domine dans la région l'autorité de Robert de Conteville, demi-frère de Guillaume le Conquérant qui, à partir de la baronnie des Biards, consolide les frontières ducales.

Au Biards on l'a vu, la défense s'articulait autour du château et du lieudit « la Ville » ; son prolongement sur Vezins s'expliquait assez bien du fait du relief escarpé et facile à défendre entre l'aval des Biards et le pertuis de la Roche-qui-Boit. Il y avait seulement deux voies d'accès au plateau : le pont de Dorrière et le ruisseau de l'Isolant ; la Sélune n’était franchissable en raison d'un flot assez tumultueux, que sur quelques gués, par ailleurs pas toujours accessibles notamment en hiver : celui du Moulin et le Gué aux Bœufs dans la prairie du Moulin, Dorrière, la Jaunière et le Neufbourg reliant Saint-Laurent-de-Terregatte. Tous ces gués ont bien sûr été noyés lors de la mise en eau du barrage en fin janvier 1932.

On sait par un document de donation des barons des Biards en 1104 qu'il existait un monastère à l'emplacement du presbytère. L’église, de son côté, était sous le patronage des moines de l'abbaye de la Couture, les seigneurs locaux (Guillaume de Brée en 1383, un fils sans postérité, puis sa sœur Blanche épouse de Guillaume d'Harcourt), dont la longue lignée des Davy (de 1410 à 1726) qui finit par leur disputer et remporter la nomination des curés seulement lors d'un procès célèbre (1686-1691).

Les frères Davy, dont un était official à l'évêché d'Avranches c'est-à-dire juge ecclésiastique, achetèrent la seigneurie à Jeanne d'Harcourt vers 1410, en pleine guerre de Cent Ans ; ils purent la conserver grâce à leur indéfectible loyauté à la couronne de France. L’un d'entre eux, Jean, participa à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1488) ; son fils Yves, sieur de Vezins en 1523, décéda aux guerres d'Italie sans postérité ; le fief échut alors à son frère, un autre Jean, tué en 1550 aux guerres de religion ; celui-ci avait épousé une Françoise... Davy, en fait une cousine de la branche de Saint-Senier-de-Beuvron, ce qui permit à la lignée de se poursuivre jusqu'à Pierre, assurément le personnage le plus emblématique car nommé seigneur de Vezins à l'âge de cinq ans, en 1562 élevé à la fois par sa belle mère née Abraham du Poncel et son tuteur Pierre Davy, curé de Vezins.

En épousant, en 1578, Anne de la Ferrière de la seigneurie de Saint-Hilaire, il consolida sa situation et fit construire en 1602 le manoir seigneurial face à l'église. Les Davy, durant cette longue période de trois siècles, habitèrent alternativement ce manoir, celui de la Chatterie mais aussi le seul subsistant de nos jours, celui de la Motte (construit vers 1630-1635), acheté en 1715 par Jean Fauchon de Villeplée, famille tenant ce fief éponyme sans interruption de 1452 à nos jours.

Ils parvinrent également, aux termes d'un long procès, à obtenir la nomination des curés contre les moines de l'abbaye de la Couture, ces derniers étant même obligés de faire effacer leurs armoiries, lesquelles dominaient sur la tour de l'église celles des seigneurs locaux.

Charles, le dernier Davy de la branche de Vezins, vendit la seigneurie en 1726 au baron de la Mosson, sieur de Ducey et conseiller du Roi. Malheureusement, ni ce dernier, ni le nouvel acquéreur en 1750, le marquis de Montécot, n'habitèrent plus la paroisse. Le dénombrement des fiefs de 1726 montrait que la seigneurie était restée quasi inchangée depuis 1474 et sans doute avant, bien rassemblée sur Vezins et aussi un peu sur les Biards et Chalandrey.

Les principaux fiefs et aînesses (680 habitants en 1722) regroupaient des villages qui existent encore de nos jours : la Poterie, la Cour du Bois, Villeplée, le Perray et la Desnière, la Ponnière, le Loroux, le Jardin, la Jonnière. Les autres familles nobles habitant la paroisse sous l'Ancien régime étaient les de Verdun à la Cour du Bois et les Mahé (puis du Hamel) à la Saudraye. Les Avenel de Chalandrey tinrent un moment Dorrière si l'on en croit le procès qu'ils perdirent en 1630, l'éphémère pêcherie qu'ils y avaient bâtie prenant toute l'eau aux trois autres sises respectivement le Moulin, le Loroux, le Neufbourg. Ces pêcheries, (il y en avait tout le long de la Sélune en remontant sur les Biards, Saint-Martin-de-Landelles, Virey), étaient des réserves à poisson blanc dont on se nourrissait lors des nombreux jours de jeûne et de Carême. Leur seule présence, sans même parler de celle des tanneries, des moulins à tan et à foulons, des teintureries, des rouisseries de chanvre, toutes activités éminemment polluantes, bat en brèche la théorie actuelle et l'argument principal de ceux qui veulent détruire les barrages !

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Vous trouverez à la fin de cet article un grand nombre de photos sur Vezins

La Révolution

La Révolution (600 habitants en 1789) ne fit guère de dégâts : le curé intrus Vadaine ne resta que quelques mois sur 1791-1792, la municipalité étant composée dès 1794 d'hommes d'ordre, peu sensibles aux idées nouvelles. Les prêtres réfractaires des environs assurèrent le culte clandestin mais les registres de catholicité ne furent réouverts qu'en 1804 après la réouverture de l'église en 1802 par l'abbé Vassal qui avait été vicaire ici avant les événements. L'église avait été dépouillée, mais restaient les autels et l'ancienne chaire datant de 1697. La paroisse fut plutôt royaliste, en témoigne l’arrestation en mai 1797 d’Anne Lemoussu, née en 1769 à la Pommeraie, qui anima on dirait de nos jours un petit « réseau » travaillant pour les Chouans. Elle avait été repérée depuis déjà deux ans mais elle nia tout en bloc ; elle fut néanmoins condamnée à 9 ans de détention, tout d’abord à Coutances, puis au Mont St-Michel d’où elle ne sortit qu’en 1805, date à partir de laquelle on perd sa trace.

Les municipalités du début XIXème siècle virent se succéder des modérés : François Levindré, (1792), Nicolas Clouard en intermède de 1808 à 1812, puis Jacques Fauchon (1813-1826) et enfin Jean-François Fauchon (1827-1831) ; tous, ils surent s'accommoder des péripéties de l'Empire, de la restauration et sous Nicolas Davy (1832-1846), de la Seconde République. C'est sous le mandat de ce dernier qu'eut lieu l'achat par la commune de l'ensemble presbytère, jardin et plant qui devait amener la future école mais aussi la sacristie et le presbytère remis à neuf. Après Nicolas Clouard (1846-1852), Isidore Lesénéchal (1852-1862) fit décider la construction de l'école. Vezins avait retrouvé 651 habitants, sa population d'autrefois. Louis Morin (1862-1910) eut à gérer une fin de siècle difficile un peu partout : moins d'habitants (523 en 1888), ce qui fit sans doute ajourner la construction pourtant demandée par le préfet d'une école de filles mais la neuve (1856-1860) semblait bien suffisante. La commune avait aussi à gérer comme ses voisines pas mal de pauvres et d'indigents et la générosité était la bienvenue : témoin ce legs apprécié de Mme Sauvé en 1907 qui permit pendant 15 ans de distribuer 300 livres de pain aux pauvres.

Vezins n'a pas conservé son rapport d'instituteur de 1913 qui nous aurait permis de connaître la situation socio-économique précise de la commune juste avant la Grande Guerre qui fit ici 24 morts.

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Les maires de l'époque furent Arsène Morel (1910-1914) puis Victor Lemoussu (1914-1919). Ce dernier acta, entre autres, l'installation d'un premier atelier de distillation au Petit-Manoir, Louis Chevalier étant aux commandes de la bouillotte installée au bord de l'étang.

Sous Arsène Morel (1919-1929), la population était descendue à 383 habitants et à peine remise de l'incendie de l'église dans la nuit du 26 au 27 mars 1925 ; la commune devint dès 1927, le centre d'attention de toute la région avec les premiers coups de pioche du grand barrage à venir, achevé sous le mandat de Félix Roupnel (1929-1938).

Un tel « grand chantier » comme on dirait de nos jours, avait attiré une centaine d'ouvriers de toutes nationalités, venus de l'Europe entière, notamment un fort contingent de cimentiers italiens sous les ordres de l'ingénieur Zatti. Toute la commune profita de ce chantier: de nombreux journaliers locaux purent y travailler et le commerce fructifia également du fait des allées et venues entre la bourgade et le site auquel on accédait par l'unique route s'arrêtant à la Cour du Bois. De là, les matériaux stockés dans la cour du château étaient acheminés par des chevaux.

Le chantier lui-même évolua ; en juillet 1929, fut décidée la construction d’une nouvelle centrale hydroélectrique aux machines plus puissantes et de débit plus élevé, celle de la Roche-qui-Boit datant de 1919 s'avérant insuffisante. Les premiers essais d'alternateurs eurent lieu en 1932 et, dans la foulée, la municipalité profita de l’opportunité pour boucler, c'était bien le moins, son dossier d'électrification communale (1931-1934), ainsi que celui de son nouveau groupe scolaire l'année suivante.

Une frénésie d'animations se développa autour des plans d'eau : dancing du Hausset construit par Auguste Philippe en 1934 avec tout à côté, l'hôtel Bernardin. Quand Auguste Philippe partit à Ducey en 1942, Albert Jenssin (ou Jans) et ses frères, les menuisiers Henri et Alexandre, prirent la succession avec leurs épouses Geneviève et Marie-Lou aux fourneaux de l’auberge. On était en pleine guerre, mandat Paul Desloges père (1938-1942) (voir encadré page suivante).

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La guerre

Il y avait encore 444 habitants à Vezins le 30 août 1939 quand 21 hommes de la commune reçurent leur acte de mobilisation. A partir du 2 septembre 1939, un détachement de l’armée française garda les barrages pour être remplacé ensuite par des civils ou des soldats de la Wehrmacht ; ces derniers arrivés dans la commune le 2 juillet 1940 firent immédiatement état de leur sens de la discipline… tranchant singulièrement avec l’anarchie de la débâcle qui frappa nos forces ou celle qui régnait dans les rangs des quelques britanniques dépenaillés qu’on vit passer sur la grand route !

Immédiatement d’ailleurs, les Allemands firent confisquer sous menaces des plus féroces représailles, postes radio et surtout fusils de chasse. L’esprit français étant toujours frondeur, quelques vieux tromblons allèrent en mairie mais les meilleures armes furent soigneusement cachées ou enfouies ! A la fin de l’été 40, on eut les premières nouvelles des 18 prisonniers partis Outre-Rhin et on commença à s’organiser pour leur venir en aide.

L’été 1942, des avions anglais mitraillèrent les barrages mais dans l’axe de la crête d’ouvrage et donc sans faire de gros dommages ; c’est à la fin de cette funeste année qu’eurent lieu les premières réquisitions de la classe 42 pour le travail obligatoire en Allemagne : cinq habitants de Vezins furent concernés dont un d’ailleurs ne revint pas.

En 1943, on sentit le vent tourner. Les Anglais tentèrent un nouveau bombardement des barrages qui alimentaient notamment la base de sous-marins de Cherbourg, tentative tout aussi infructueuse. Toute la classe 43 (9 concernés cette fois) refusa le départ vers l’Allemagne. Le 15 janvier 1944, la Résistance F.T.P, grâce à la complicité dans la place de André Hay, parvint à saboter deux transfos sans se faire prendre.

La libération du village intervint le 31 juillet 1944. Le lendemain matin, des soldats allemands démoralisés arrivant d’Avranches passèrent à la Chatterie, annonçant l’arrivée proche des Américains. Ceux-ci s’arrêtèrent à la Bertière entre St-Laurent et Vezins pour y passer la nuit, tout le monde s’alarmant des explosions et destructions entendues au Nord sur Chalandrey (voir cette commune). Toute la journée, il y eut des survols à basse altitude de chasseurs-bombardiers alliés et de plus petits avions d’observation Piper, en incessantes allées et venues, atterrirent un peu partout. Quelques Allemands furent victimes de ces raids aériens qui s’intensifièrent encore quand commença la bataille de Mortain le 8 août 1944.

Les Allemands visaient délibérément les voûtes des ouvrages pour inonder toute la basse vallée de la Sélune et faciliter leur contre-offensive depuis Mortain vers Avranches ; ils perdirent au moins un avion qui tomba à la Pommeraie, touché par la DCA US. Fin août, le barrage fut alors gardé nuit et jour par des jeunes F.F.I, enrôlés au fur et à mesure de l’avance des forces alliées et venant principalement de l’Orne.

Le 8 mai 1945, le jour même du retour du premier prisonnier, fut fêtée la Victoire en présence d’un peloton de l’armée britannique. Le dernier prisonnier de guerre fut de retour le 21 juillet mais trois de ses camarades, tout comme un STO, décédèrent des suites de cette triste période.

Avec Maurice Vaudoir (1942-1963), conseiller général dès 1949 (1), décédé tragiquement dans un accident de voiture, les contours du canton d'Isigny d’après-guerre prirent forme. Vezins avait encore 13 artisans, 5 commerces dont deux cafés-épiceries et deux cafés-restaurants-dancing au barrage. Il y avait assez peu d’autos (7 !), un seul tracteur et encore… à roues métalliques ! On doit à Maurice Vaudoir maire, d'importants travaux de voirie financés grâce aux revenus du barrage, partagés un tiers pour St-Laurent, deux tiers pour Vezins : chemin rural du Tertre et de l'Evenais (1954), le Neufbourg et Villeplée (1956), la Pommeraie, la Marqueraie (1957), le Bois d'Isigny (1958), la Saudrais, la Posnière, la Vincendière, la Touche Durand et Le Neufbourg (1959), mais aussi le syndicat d'eau avec les Biards en 1958. Vezins fut la première commune de notre région dont toutes les routes étaient goudronnées.

  1. : Maurice Vaudoir né en 1907 à Chalandrey, conseiller et adjoint en 1935, maire en 1942 fut, en tant que conseiller général du canton, on le verra en fin d’ouvrage rubrique Isigny le Buat, le réalisateur du centre administratif d’Isigny inauguré le 17 novembre 1963.
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Toute cette période fut, autour des lacs, le théâtre d'une grande animation, touristique, d'abord autour de la pêche et des guinguettes mais aussi de festivités extraordinaires dont on se souvient encore avec émotion de nos jours : l'association familiale cantonale avec Clément Chesnel à Vezins et Louis Blanchet aux Biards impulsait un tas d'activités : voyages, club télé dès 1957 mais surtout de grandes fêtes de l'aviation à Isigny et nautiques sur le plan d'eau dès 1955-1956 avec même des championnats de France de hors-bords en 1958, 1962... avant qu'un arrêté y interdise la circulation des bateaux à moteurs.

Puis ce fut le retour de la première vedette croisière (1993) et des shows nautiques (1994). On se souvient encore qu’en 1958, Vezins participa à la grande fête de la Terre organisée à Saint-Hilaire en confectionnant un char sur le thème de la Champagne. C’était un autre temps où on faisait du théâtre chez Rauline ou du cinéma chez le menuisier Victor Chartrain avec, au programme, « Jour de fête » de Jacques Tati. Les curés « ancienne mode » comme l’abbé Lion qui, pour une peccadille, vous reportait d’un an la communion solennelle ou l’abbé Confiant avec sa rugissante 203 Peugeot, avaient du mal à suivre… Ils houspillaient d’autorité les enfants de chœur ou l’organiste… encore Clément Chesnel lequel avait aussi cette corde à son arc !

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1958 : quand Vezins passait à la Télé !

Dès qu'on parle de l'après-guerre dans le coin, à Vezins bien sûr comme élu local, mais aussi bien au-delà car il fut un pionnier de l'A.F.R, on rencontre Clément Chesnel, l'organisateur de tant de spectacles dont on parle abondamment par ailleurs et dans des circonstances parfois inattendues. Il fut par exemple un des pionniers de la télévision naissante au sein des « téléclubs » ce qui lui valut en mars 1958 d'être reçu à Paris à l’émission « Télé-Paris » pour y parler de cette activité encouragée par l'ORTF naissante.

Chaque téléclub local faisait sa sélection de programme, la « ronéotypait » car il n'y avait pas encore de photocopieuses et les gamins Chesnel la diffusaient chaque semaine à vélo à travers la commune. On y regardait « Cinq colonnes à la Une », « Lecture pour tous » et surtout le mercredi soir, la fameuse « Piste aux étoiles ». Cela créait une véritable ambiance car au gré de ce qu'on n'appelait pas encore des « voisinades », on se retrouvait le soir, comme autrefois à la veillée. Puis, petit à petit, la population se prit d’envie d'acheter le fameux et massif poste noir et blanc monocanal, une fois l'impressionnant « râteau » perché sur la cheminée. Alors, religieusement, la soupe du soir vite expédiée, la magie opérait, la « speakerine » annonçait les programmes... les trois coups... « Au théâtre ce soir » ! Quelle époque, maintenant où il y a des centaines de chaînes et où on ne s'étonne plus de rien, n'est-ce-pas !

Photo ci-dessus : le 22 mars 1958, juste avant le journal de treize heures, on parle de Vezins sur « Télé-Paris », la première et seule chaîne de télé qui existait à l'époque ! Clément Chesnel, debout à droite, derrière la présentatrice Jacqueline Huet est venu y présenter l'activité naissante des télés clubs, actifs en province depuis 1956.

Toute cette période fut, sous Paul Desloges fils (1963-1972), le véritable « âge d'or » de la petite commune : réfection du bourg, parkings près de l'église et des écoles mais aussi activités liées aux barrages ; on se positionna même (1971) pour la réorganisation foncière. Parmi d’autres réalisations, citons également l’ouverture de la route reliant « la Fieffe au Roi » au « Neufbourg »ainsi que l’acquisition de terrains en bordure du lac.

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Denis Gauchet (1972-1983) conseiller municipal et adjoint en 1971, élu au bénéfice de l’âge face à Pierre Derouet, fut le premier maire délégué de Vezins (28/11/1972) lors de la création de la commune-canton. On lui doit : la création du club 3ème âge « la joie de vivre », la réorganisation foncière terminée en 1981, la fête du 9ème centenaire de la paroisse et le 50ème anniversaire de la bénédiction de l’église, l’inauguration de 3 logements HLM cité Denis Gauchet. Décédé à 44 ans le 6/06/1983, il fut aussi longtemps président de la société de chasse.

Clément Chesnel (1983-1995) que l'on a vu tout à l'heure pionnier des animations car il savait mettre ses talents d'électricien et donc ses « lumières » au service de tous, avait déjà été conseiller municipal 36 ans à partir de 1947. En 1983, on était depuis 1973 sous les auspices de la commune-canton, il devint maire-délégué, maire-adjoint de cette nouvelle entité, en charge des bâtiments communaux mais aussi co-fondateur et président du G.A.M.A.S (Groupement des Artisans Manche Sud) de 1972 à 1980, sans oublier également son implication dans la base nautique de la Mazure. (Voir tous les articles dédiés à ces sujets). Les palmes académiques vinrent en 1990 récompenser son inlassable activité dans tous les domaines : Association Familiale Rurale, télé club, instigateur de l’association des « Amis du barrage » dont il fut le premier président en 1993 et même, excusez du peu, organisateur, cette fois sur les cantons voisins de Ducey et St-James, du son et lumière de la Roche qui Boit, de 1972 à 1992 !

Il n'était pas facile de succéder à un tel personnage (décédé le 27/02/2005). Jacky Gauchet a remplacé dans un premier temps Clément Chesnel (de 1995 à 1999) avant de cèder sa place à Jocelyne Marquer qui ne fut maire que deux ans (1999-2001) avant que Jacky Gauchet ne revienne en place (2001-2008) avec, dès le début de ce second mandat, la réalisation en 2002-2003 de l’aire du Petit-Bois, juste avant que naissent les premières interrogations sur le maintien des barrages suite à des problèmes d'inondations en aval.

(1) : Pierre Derouet s’est investi tout au long de sa carrière dans des organisations agricoles : tout d’abord à la J.A.C départementale et nationale, ensuite comme secrétaire général de la F.D.S.E.A; président de la F.A.T (Fédération d’Action Technique) et du Groupement des producteurs de lait Préval. Il est aussi à l’origine de la C.A.P.V.I (Coopérative Agricole de Production de Viande)

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Daniel Sanson maire délégué de 2008 à 2014, a vu le problème de l’arasement des barrages se préciser de plus en plus, puisqu'en 2012, le préfet signait la fin d'exploitation des barrages, sans que rien ne soit vraiment défini pour « l'après », non seulement de ce qui restera des ouvrages, mais aussi de la base nautique de la Mazure et même de toute la vallée pompeusement baptisée « Gorges de la Sélune »... sans doute pour imiter celles autrement célèbres et attractives du Verdon ! Par bonheur, entre 2009 et 2014, la population est passée de 263 à 288 habitants et le presbytère a été aménagé en gîte communal en 2009-2010.

Recevant les auteurs de ce livre en mars 2014, Daniel Sanson demeurait confiant : « notre démographie incite à la confiance, avec des jeunes sur de nouvelles locations et notre projet de lotissement bien lancé impasse des Jonquilles. Mais il y a longtemps que nous aurions dû avoir l’assainissement et un meilleur accès internet. Bien sûr, l’après-barrage reste la grosse interrogation : pêche, muséographie des anciens barrages ? Il serait quand même bien de conserver la mémoire de cette formidable épopée humaine d’une centaine d’années que votre livre veut évoquer ». Mais la réforme des collectivités locales risque fort de « dissoudre » la pourtant forte identité de Vezins que tout le monde semble vouloir conserver, dans un avenir indéterminé, sinon incertain.

L’église et la vie religieuse

Comme sa voisine et quasi jumelle des Biards, l'église de Vezins est sûrement antérieure à la date (1686) retrouvée sur sa tour gravée aux armes de l'abbaye de la Couture dont on sait qu'elle fut condamnée en 1691, à céder le pas devant les seigneurs locaux, les Davy, notamment pour la présentation des curés. Toujours comme les Biards, les occurrences de dates (1082 dans les deux cas) montrent qu'il y avait bien au départ sur place, paroisse et prieuré, sans que cette fois-ci, le bourg ait à changer de place (voir les Biards).

Il s'agissait assurément, du fait de la permanence de ses seigneurs et dans l'orbite de la grande baronnie des Biards, d'une paroisse féconde (680 habitants en 1722) et bien organisée avec, en 1745, des écoles tenues par les vicaires en ce qui concerne les garçons et une dame Julienne Dodeman pour les filles.

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En 1792, l'église fut dépouillée, les autels néanmoins conservés tout comme la chaire datant de 1697 ; elle fut réouverte après le Concordat par l'abbé Vassal qui connaissait les lieux puisqu'il y avait été vicaire avant les événements. Ce fut d'ailleurs le grand réorganisateur de la paroisse jusqu'en 1837, lançant la reprise de la sacristie (1838). En 1873, c'est sous François Bernier qu'eurent lieu d'importants travaux à l'église, avant le sacerdoce d'Auguste Chauvois de 1907 à 1928. Il eut tout à la fois à subir les inventaires liés à la séparation de l'Église et de l'État, faisant porter, étant souffrant, les clefs de la sacristie par sa servante. La foi des habitants de Vezins resta malgré tout très ferme avec une grande mission en 1909 et de bonnes relations entre la commune et la Fabrique, celle-ci rétrocédant 2188 F en 1910, de quoi faire face aux nombreuses demandes d'assistance de l'époque : aux vieillards, familles nombreuses, femmes en couches.

Auguste Chauvois fut, à son départ en 1928, le dernier curé résident ; il eut à régler trois ans plus tôt, dans la nuit du 26 au 27 mars, l'incendie qui se déclara vers minuit, sans doute suite à l'imprudence de trois jeunes à qui on avait confié les clefs de l'église pour apprendre à jouer de l'harmonium. A l'exception de la tour, tout fut détruit et la reconstruction s'étala ensuite de 1929 à 1932 (bénédiction le 9 octobre) sous la direction de l'architecte Cheftel.

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De 1928 à 1932 la paroisse fut administrée par le curé Maurice Duval qui avait en charge Chalandrey et les Biards. En 1938, sous le curé Frédéric Allain, eut lieu la bénédiction de deux cloches en présence de ses confrères Chesnel et Angot, nommées respectivement « Marie Louise Andrée Jacqueline » (elle avait pour parrains le maire Félix Roupnel et Mme Fauchon de Villeplée), et « Odile Marie Modeste » (Maurice Vaudoir à l'époque adjoint et Mme Émile Fauchon). Ces cloches ne furent électrifiées qu'en 1959 et carillonnèrent bien évidemment en 1962 lors des illuminations des fêtes de Noël.

La construction des parkings proches (1965) facilitèrent la vie des paroissiens qui purent encore admirer le 16 avril 1967 les vitraux des sept verrières du chœur mises en œuvre par Yves de St-Front et offerts par la famille Fauchon de Villeplée, bienfaitrice de la paroisse.

Les vitraux de l’église

Cette œuvre de dix mètres carrés, réalisée par Yves de Saint-Front, neveu du général Fauchon de Villeplée, bienfaiteur de la paroisse, est l'illustration du texte de l'Apocalypse de Saint-Jean. Les trois fenêtres derrière l'autel représentent la résurrection et les deux fenêtres de chaque côté, le Christ ressuscité et les quatre évangélistes.

Yves de St-Front qui avait réalisé en 1963 les vitraux de l'église de Pavillons-sous-Bois et de la chapelle intérieure du collège Ste-Euverte d'Orléans, était aussi le neveu du célèbre peintre de Marine, Marin-Marie (1) qui repose dans le cimetière de Vezins près du caveau des Fauchon de Villeplée dont il est le parent.

Les membres de la famille Fauchon de Villeplée qui a tenu le fief du même nom de 1452 à nos jours, furent surtout connus sur Saint-Hilaire où ils habitaient l'hôtel de Pracontal aux XVI et XVIIème siècle. Sieurs de la Deneysière et de Villeplée, citons Jean-Louis (1769-1842) qui fut capitaine d'infanterie et maire de Vezins, mais surtout, bien connu de nos contemporains, Jacques Fauchon de Villeplée (1906-1998). Capitaine d'artillerie en 1940, répondant à l'appel du 18 juin, évadé, il fit la campagne d'Italie avec le maréchal Juin, puis le débarquement de Provence avec de Lattre. Après la guerre, membre du cabinet du ministre Edmond Michelet puis attaché militaire à Londres et en Allemagne, il rejoignit l'Algérie jusqu'à sa retraite en 1959 avec le grade de général de brigade.

(1) : Marin Marie est le pseudonyme de Marin Marie Durand Couppel de St-Front (1901-1987). Ami du commandant Charcot dans ses expéditions polaires, il commença à peindre et exposer en 1927, se mariant avec Germaine Fauchon de Villeplée. Sa sœur Janine épousa en 1953 le capitaine puis général Philippe Gouraud. Passionné de navigation, Marin Marie fut le second Français après Alain Gerbault à traverser l'Atlantique en solitaire. Il fut peintre officiel de la Marine dès 1935, utilisant toutes les formes de représentation picturales : huile, gouache, dessin, aquarelle. Ayant navigué sur tous les types de navires, il restera un témoin majeur de l'histoire de la marine française.

Inscrite au patrimoine des monuments historiques en 1975, l'église fêta en 1982 le 9ème centenaire de la paroisse et le 50ème anniversaire de la bénédiction de son nouveau clocher sous la houlette de Mgr Wicquart, dans le cadre d'un magnifique son et lumière réalisé bien sûr par la maison Chesnel, sur un texte inspiré du curé René Bouvet, le même qui fourbissait les textes des pyromélodies sur le lac.

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Les écoles de Vezins

Dans le cadre d'une seigneurie puissante, longtemps dans le giron de la même famille et sous la suzeraineté directe de l'imposante baronnie des Biards, on peut penser que les écoles furent ici efficientes dès la sortie des guerres de religion et la réforme tridentine qui s'ensuivit.

En 1745, il y avait déjà des écoles de filles et de garçons et, aussitôt après la Révolution, l'importance de la population (600 habitants en 1789) imposa aux municipalités successives de se préoccuper de la construction d'une école spécifique et non plus d'occuper, comme bien d'autres aux alentours, des « maisons d'école » tout aussi changeantes que vétustes.

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C'est dans le cadre de l'achat en 1835 du presbytère et de tous les plants attenants que fut mise en œuvre cette obligation, aboutissant beaucoup plus tard en 1853, année où le conseil municipal entérina le devis de 5000 francs, à un ensemble mixte définitivement concrétisé de 1856 à 1861.

En 1888, le préfet, au vu de la population (encore 523 habitants) réclama la construction d'une école spéciale de filles, demande qui fut repoussée par les élus. Ce n'est qu'en 1930 que furent approuvés les plans d'une nouvelle école mixte achevée et inaugurée en 1935 dans l'ensemble mairie que nous connaissons actuellement.

La population déclinant sensiblement après la guerre, les écoles en subirent le contrecoup. Jusque dans les années soixante, ceux qui venaient de loin mangeaient chez la mère Modeste Chesnel (1) qui, tout à la fois, faisait la cuisine et le catéchisme, s'occupait de l'entretien de l'église et de la préparation des messes. L'école a fermé en 1987, la dernière institutrice étant Mme Loriot qui n'accueillait plus à Vezins que neuf enfants.

(1) : dite « la Mère Modeste » (1891-1972), cultivatrice au village du Tertre, mariée à Auguste Chesnel (1878-1937), non voyant, laissa la ferme au mariage de son fils Clément et vint habiter au bourg face à la grande barrière du cimetière et à l'if millénaire, se dévouant corps et âme à l'église dont elle reçut la médaille d'argent de N.D. Pour 50 ans de services dévoués

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Les barrages :

une centaine d'années qui ne « s'effaceront » pas facilement !

Sous l'égide des Forces Motrices de la Sélune le barrage de Vezins est venu renforcer et compléter le premier ouvrage de la Roche-qui-Boit. En 1927 eut lieu le début des premières fouilles, l'ouvrage proprement dit étant construit de juillet 1929 à 1932 par M. Turquet, administrateur délégué de la société des Forces Motrices de la Sélune, avec comme ingénieurs principaux Louis Pelnard-Considère et Albert Caquot (1).

(1) : Originaire de Vouziers (Ardennes) et de milieu paysan, il débuta dans la vie active en réparant du matériel agricole puis entra à l'école polytechnique. Il commença sa carrière à Troyes dans un réseau de collecteur innovant à l'époque. Au cours de la guerre 14-18, il inventa le ballon captif destiné à emporter des observateurs de l'armée de terre. Il a construit 400 ponts dont le pont de La Fayette à Paris. Il a été concepteur des barrages de Vezins et de la Roche qui boit ainsi que de ceux de Saint-Nazaire, Donzère Mondragon dans le Rhône, barrage de la Girotte au pied du Mont-Blanc. Il a construit aussi la statue du Christ de Rio de Janeiro. Il est décédé en 1976 à l'âge de 95 ans. Il aimait le bassin de la Rance et repose au cimetière de Dinard. L'année de sa mort, il était venu rendre visite au barrage de Vezins.

Les dimensions du barrage de Vezins sont de 36 mètres haut pour 278 m long et une retenue s'étendant sur 19 km. Cet ouvrage considérable qui n'a pas d'équivalent dans l'Ouest de la France comporte en effet 2 000 tonnes de fer, 10 000 de ciment, 25 000 m3 de pierre afin de fournir, en 1936, les 30 millions de KW/h nécessaires à l'alimentation d'une petite ville comme celle d'Avranches.

Sa construction a suscité sur la commune de Vezins, un dynamisme particulier d'activité industrielle, économique, mais aussi sociale qu'il nous faut détailler. Les maisons basses se trouvant près du barrage formaient « La Cité » et étaient spécialement réservées aux ouvriers. Les travailleurs se restauraient à la cantine. Y ont habité : Louis Gontier, Charles Hamon (voir ci-après notre encadré sur ses souvenirs pendant la guerre), Paul et Marie Briend ; venaient ensuite Robert Jacques, Ernest Sanquer, André Varinot, Louis Carnet et Albert Motus. Dans les maisons situées derrière habitaient Mrs Guinement, Francis Lebonniec et Geoffroy.

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Jules Moissé qui travaillait à l’EDF tenait une petite buvette, à proximité. Le père Caron, charron à Isigny a quitté son emploi pour venir travailler au barrage. A noter encore, Ludovic Piersenti, un ouvrier italien habitant à la Gonardière qui était forgeron sur le chantier ou M. Lemarié, maçon qui intervint avec ses fils dans les années 1933-1934 pour faire des aménagements connexes autour des barrages en fin de construction.

Paul Briend travaillait au barrage comme mécanicien au tableau ; il a commencé aux machines en bas. Il réglait les vannes d’en haut plusieurs fois par jour, empruntant le petit escalier d’accès. Par la suite, il occupa le poste de commande des vannes à l’époque de la semi-automatisation en 1964. L’automatisation intervenant, en 1972 il quitte Vezins pour la Roche qui Boit jusqu’à sa fin de carrière en 1982.

André Desloges avait été embauché par la compagnie des forces motrices de la Sélune. Il participa avec une dizaine de collègues au montage technique. En 1929, il n’y avait en effet que dix ouvriers, puis ce chiffre a augmenté tout doucement. Certains de ces ouvriers cimentiers couchaient dans des baraquements mais il faut noter que la plupart d’entre eux qui venaient d’Italie et du Portugal, logeaient chez l’habitant dans des fermes. Le nombre d’ouvriers et de manœuvres à travailler sur le chantier a été très important : plus de 400 dont certains ont fini par apprécier la région et y fonder famille

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leurs descendants y étant encore présents. Ils procédaient ainsi : il fallait aller chercher du caillou dans les carrières de Ducey avec un tracteur tandis que les agrégats destinés aux fondations étaient extraits à la pioche et à la pelle, transportés avec des brouettes.

Si le barrage de Vezins a révolutionné cette vallée jadis bordée de charmants petits moulins sur la Sélune, il a également créé toute une animation que l’on dirait aujourd’hui touristique. Les propriétaires de l’époque du « chalet vert » et de « l’auberge du lac » organisaient dès 1932 des promenades en vedette, et ce, jusqu’en 1939. De plus, des gens de la région venaient danser le dimanche au bord du lac où se tenaient des guinguettes, jusqu'à la fin des années soixante. Nous parlons abondamment de cette « ambiance » encore peu observée par les historiens des barrages un peu plus loin.

En 1932 eut lieu la mise en service de cet imposant ouvrage construit par les ouvriers de l'entreprise Monod. Aussitôt, la centrale hydroélectrique fut mise en période d'essai faisant tourner les 3 alternateurs de 4 000 kilowatts chacun.

Si nous avons brossé un peu plus haut le portrait des constructeurs, il nous faut maintenant parler de ceux qui, les premiers, y produisirent de l'électricité. Le chef de l'usine était M. Saunier qui habitait en bas, près des carrières Louis Carnet ; chef d’équipe, il avait participé à la construction du pont des Biards, travaillé au montage des groupes et surveillé les paliers. Devenu machiniste, il l’a été jusqu’à sa retraite en 1955. En 1959, son fils René travailla au barrage, devenant lui aussi machiniste « tableautier » comme son père. Jean-Louis Varinot, embauché le 14 août 1944 par la Société des Forces Motrices de la Sélune comme manœuvre, a travaillé à partir des plans de l'ingénieur Caquot sur l’automatisation de la Roche qui Boit dont il est devenu le responsable, il a achevé sa carrière au barrage de la Rance.

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Les barrages pendant la guerre

On doit à Jean-Pierre Hamon de Buais, la retranscription qui suit des souvenirs de son père Charles qui travaillait aux barrages pendant la guerre. Avant que les Allemands envahissent la France, les rotors des turbines furent démontés, chargés sur un camion pour être cachés en Anjou, dans une forêt... d'où ils revinrent précipitamment, dès que Pétain eut signé la capitulation et engagé le pays dans la collaboration.

Au barrage fut donc positionné un fort contingent de soldats qui avaient pour mission la défense des ouvrages, notamment anti-aérienne, car les alternateurs alimentaient l'arsenal de Cherbourg et sa base de sous-marins. Deux postes de « Flak » (de Flagiendekanone ou DCA dans la langue de Goethe) furent donc installés, l'un dans le bois de sapins et l'autre juste en face mais sur Saint-Laurent-de-Terregatte. De plus, pour déjouer les plans des aviateurs alliés, les Allemands firent repeindre les voûtes et contreforts de l'ensemble d'une couleur plus sombre.

Lorsque les Allemands avaient quelques loisirs, ils allaient à la guinguette du chalet vert où venait aussi la population locale. L'ambiance et la chaleur de l'été aidant, les soldats qui se laissaient aller étaient sévèrement punis. Un soldat qui, un jour, avait balancé un verre de vin à la figure de quelqu'un fut ainsi emmené dans le champ juste en face et condamné à faire l'exercice jusqu'à épuisement total !

En 1944, pour les raisons énoncées plus haut, ce fut la Résistance qui s'attaqua à la fourniture de courant et sabota deux transformateurs au moment où deux ouvriers de l'ouvrage, Louis Carnet machiniste et Roger Geffroy tableauteur, étaient de quart. Ils furent emmenés à la Kommandantur d'Avranches, mais par bonheur, sans être plus inquiétés. Au milieu de l'année, le 31 juillet, un avion allemand voulant approcher les barrages fut abattu mais cette fois, par la DCA américaine ; les Allemands, en pleine débâcle après la percée de Cobra sur la Chapelle-Enjuger et au pont de Pontaubault et quelques jours avant la bataille de Mortain (7-14 août 1944) visant à rétablir le front sur une ligne Avranches-Vire, étaient intéressés à noyer toute la basse vallée de la Sélune, notamment pour empêcher le passage des chars et des convois lourds. Par bonheur pour la population, tous ces projets tombèrent... à l'eau !

La vie autour du barrage

Il y avait l’hôtel Bernardin où logeaient les responsables du barrage en 1934. A l’étage se trouvait une salle de restaurant pour les mariages. Mme Bernardin tenait l’hôtel-restaurant et une petite épicerie. Son mari était peintre décorateur. Vers 1942, ils s’installèrent à Ducey. L’hôtel Bernardin fut repris par Albert Janssin, devenant l’ « Auberge du Lac chez Albert ». Geneviève et Marie-Lou Janssin tenaient le restaurant avec leur grand-mère tandis qu’Albert et ses frères Henri et Alexandre étaient menuisiers et loueur de barques. Un agrandissement fut effectué vers 1942 avec l’aide de Mr Doglieto. Plus tard, Mme Georgina y fut employée pour faire la lessive tandis que Mr Fontaine s’occupait de la location des bateaux et pédalos. Après les Janssin, la famille Portier reprit l’auberge.

Pendant que M. Philippe organisait des promenades sur le lac avec sa vedette, son épouse tenait le dancing installé dans un chalet en bois vert (au-dessus de l’auberge actuelle). Les ouvriers du barrage y jouaient aux cartes, dansaient au son de l’accordéon

De temps en temps, des spectacles ambulants s’installaient près du barrage et notamment le cinéma muet qui fonctionnait avec une lampe à carbure-acétylène. « Ça sentait fort » se souvient Jean-Louis Varinot.

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