ISIGNY
La paroisse intitulée Esgeing, mais aussi Isengny, Esigny, Isigné aligne un parcours féodal assez simple et rectiligne. Elle relève pour le religieux du doyenné de Saint-Hilaire et pour l'administratif de la sergenterie Corbelin qui « sous-traite » en quelque sorte pour le Roi, basse et haute justice, police des poids et mesures, etc.
Il y a un gros fief, celui attaché à la seigneurie mais aussi au patronage de l'église (qui nomme donc le curé) lequel gros fief dépend, un peu comme Vezins en tant que satellite, de la puissante baronnie des Biards et de sa grosse forteresse de « la Ville » dominant la vallée escarpée de la Sélune.
Et puis il y a celui, plus petit du Bois-Philippot qui correspond actuellement à ce qu'on appelle « le Bois d'Isigny ».
Sa proximité avec la baronnie des Biards, et cela n’a rien d'étonnant, voit, à sa tête au départ (XIème siècle) des Avenel, puis des seigneurs qui prennent le nom « d'Isigny », et cela pour plusieurs siècles.
Au moment de la fondation de Saint Hilaire (1082), un dénommé Tescelin dote le monastère du Rocher à Mortain, comté auquel les seigneurs d’Isigny seront toujours fidèles, tout comme d’ailleurs à la cause royale ; comme on va le voir, ce ne sera pas sans incidence sur la prospérité de la paroisse.
.En 1204, Philippe d'Isigny rend hommage au roi de France, nouveau « patron » de la province normande ; en 1280, Etienne dote l'abbaye de Montmorel proche de Ducey ; Guillaume ensuite va aux Croisades et revient mourir sous la bure monacale en 1308 au Mont St-Michel ; en 1404 encore, Martin, rend hommage à Guillemette Avenel, châtelaine des Biards avec qui la relation est toujours forte.
En 1418, en pleine guerre de cent ans, Nicolas d’Isigny refuse de se soumettre aux envahisseurs anglais ; il y gagne du crédit quand ces derniers sont « boutés hors de France ; et, « cerise sur la gâteau », sa fille épouse Jean de Brécey, grande famille régionale dont un des enfants sera grand vicaire de l'évêché d'Avranches en ces temps où le spirituel avait autant, sinon plus, de poids que le temporel. La fidélité à la couronne de France est récompensée car Isigny est érigé en comté par Charles VII en 1450.
Pendant les guerres de religion, le châtelain Jean de Brécey reste fidèle à la cause royale, celle des « politiques » ou « malcontents » (on dirait de nos jours centriste ou modérée) qui fait le tampon entre les protestants qui veulent tout « réformer » et les « ligueurs » catholiques ultras, hostiles à tout compromis. La région est néanmoins mise à feu et à sang, causant des milliers de morts en cinquante ans. En 1562, l'église sous le vocable de Saint Martin, est incendiée et, l'année suivante, on note dans les vieilles chartes : « si le traité de paix, pour le fait de la religion réformée est observé et gardé, néanmoins la messe ne se dit pas aux paroisses d'Isigny, Chasseguey et Brécey ».
C'est l'époque des fortifications générales, des « gentilhommes picoreurs », mi-politiques, mi-bandits de grand chemin dont les troupes errent dans la campagne, et où, selon le terrible mot de Montluc « la vie d'un homme ne valoit pas celle d'un poulet » ! En 1583, Jean de Brécey, sieur d'Isigny, est félicité par le roi pour s'être opposé aux « tortz, excès, pilleries et ravages que mes subjects de Mortaing ont reçu par les soldats ». On le voit, la situation s'améliore et Isigny est de nouveau « du bon côté » ce qui s'amplifie au tournant des années 1589-1591 quand le vent tourne en faveur de Henri IV qui vient déjà de reprendre aux ligueurs ultra catholiques plusieurs villes de la grande ceinture de Paris et quand la division royale Montpensier prend ses quartiers en Normandie. Pour occuper cette forte troupe, le duc de Montpensier entreprend de reprendre Avranches aux enragés François et Odoard de Péricard et ainsi de pacifier toute la région.
Le château (voir notre encadré spécial sur ce bâtiment) sert alors de quartier général et de base arrière, défendu pendant sept mois par une troupe d'une trentaine de « bélîtres », « corselets », « bandouliers », tous ces termes pittoresques, maintenant bien oubliés dont on affublait les soldats de cette époque. En 1591, après soixante jours de siège où Montpensier fait tonner sur Avranches un gigantesque canon « le grand Robin », la place est prise.
Vous trouverez ci-aprés quelques photos,
puis la suite de l'histoire d'ISIGNY
Cette belle fidélité est récompensée : Henri de Brécey (qui vivait principalement à St-Senier près Avranches dont il était seigneur ainsi que de St-Brice, Isigny, Montigny, la Gohannière) fait ériger ses possessions en marquisat. Les sieurs d'Isigny tiennent donc le haut du pavé dans la noblesse normande surtout militaire : François meurt en 1648 à l'armée d'Allemagne ; Henri, guidon(porte-enseigne) des gendarmes du duc d'Argennes inhumé ici, est tué en 1646 au siège de Bergnes après une mort aussi stupide qu'étonnante... la cuisse brisée au campement du coup de pistolet à la cuisse d’un gentilhomme qui voulait avoir... le seau le premier pour abreuver son cheval !
Les de Brécey, sieurs d'Isigny donc, connaissent pendant le Grand Siècle, sur trois générations, une période faste, des alliances brillantes, mais déclinent après 1690, peut-être à la suite d'un procès retentissant avec Françoise de Brancas, princesse d'Harcourt, au sujet de la possession de la terre d'Isigny. On peut penser que cette personne extravagante (1) était présente le 25 août 1694 lors de la visite pastorale du célèbre Pierre-Daniel Huet, évêque d'Avranches (2).
(1) tout comme sa mère née Suzanne Garnier, dame d'Isigny (vers 1646) qui fut égratignée par le pamphlétaire Bussy-Rabutin du fait de ses origines modestes (fille d'un drapier), sa fille Françoise, favorite de Mme de Maintenon dernière épouse du Roi-Soleil, fut sévèrement brocardée par le célèbre mémorialiste Saint-Simon qui en fit un portrait impitoyable : « c'étoit une furie blonde et de plus une harpie... sa hardiesse à voler au jeu était inconcevable » et autres amabilités toutes plus croustillantes les unes que les autres. Elle se battait avec ses domestiques qu'elle ne payait pas ou peu, se fit une fois sévèrement rosser par une matrone plus forte qu'elle. Un jour de grande pluie, ses porteurs la laissèrent dans la boue avec sa grande robe à traîne au beau milieu du Pont-Neuf !
(2) le prélat, accompagné du grand vicaire Julien Nicolle et de son secrétaire et autres officiers diocésains, était logé chez la princesse pour administrer ici la confirmation ainsi qu'à Naftel, Montgothier, les Biards, Ml-Boeufs, Ml-Thébault. Il vérifia les lieux et les ornements. Le doyen était le curé de Vezins ; il y avait à Isigny outre le curé, ses vicaires MM. Michel et de Cesne, plus Pierre Huard et Pierre Le Tourneur, prêtres « habitués » c'est à dire sans charges officielles car âgés ou malades, mais pouvant rendre service à l'occasion. L'église était toute nouvelle à l'époque car reconstruite 4 ans plus tôt (1690). Elle n’était ni consacrée, ni dédiée, seulement bénie, ce qui fit d'ailleurs fortement « tiquer » le prélat. Les anciens ossements n'étaient pas encore transférés au nouveau cimetière, lequel était simplement entouré de bois et de fossés. Il n'y avait pas de comptes de Fabrique depuis 1686 ; on comptait 300 communiants, tout le monde pascalisant sans faute, aucune chapelle ni confrérie. L'école était assurée par le vicaire pour les garçons et une maîtresse (à Paind'avaine) pour les filles, pas de sage-femme « jurée » et seulement une matrone mais « bien instruite de son devoir ».
C'est l'époque où on célèbre au pays quatre grandes merveilles : le Mont St-Michel, le château de Ducey, le logis de Brécey et les célèbres « chasses » d'Isigny. Il s'agit de ces magnifiques avenues d'arbres visibles sur la carte de Cassini dont la destruction s'acheva sous le second empire lors de la rectification de la route Isigny-les Biards mais qui avait commencé dit-on lors de la vente de 1701 dont le bois récolté rapporta immédiatement le prix d'achat des deux domaines !
De cette période, les registres de catholicité signalent en 1631 des cas de peste à Pain d'Avaine, des incursions de troupes bretonnes qui font des morts en 1637 (on est dans la période qui suit les émeutes des Nus-Pieds), la belle carrière sacerdotale de Jean Hantraye enfant du Mesnil-Thébault (voir dans cette commune), curé d'Isigny et doyen rural de Saint-Hilaire de 1659 à 1679.
En 1689, Aymar de Brécey est le dernier de cette famille à porter le titre de seigneur d'Isigny car le fief va être vendu en deux fois à des notables virois : en 1689 aux Godard de la Toverie (secrétaire royal) et en 1701 aux Le Souldier de St-Blaise, conseiller du roi, bourgeois de Paris, dans le cadre du procès gagné par la princesse d'Harcourt, veuve de François de Brécey.
Les comptes rendus des visites épiscopales (1748 et 1763) voient les sieurs Godard accueillir l'évêque ou son représentant : il y a dès cette époque 430 habitants, une école tenue à la fois par le vicaire (Jacques Quesnel) pour les garçons et une institutrice (Jeanne Bréviaire) pour les filles. A la Révolution, c'est la veuve du chevalier Louis Godard qui est châtelaine. Toute la tête de l'appareil paroissial (châtelains, curés) émigre à la Révolution qui se passe sans trop de heurts. Le curé « intrus » (ayant signé la constitution civile du clergé) Claude Postel n'est guère suivi que par quelques familles... scandalisées quand il finit par épouser sa servante et s'enfuir dans sa commune d'origine, le Mesnil-Garnier près de Villedieu. Il faut dire aussi que les Chouans sont ici partout chez eux, finissant même par couper une oreille à un des spoliateurs de l'église (1) ... à qui ils la firent manger !
En 1803, le curé Louis Godard rentré d'exil, ouvre l'église ; s'opère alors la grande transformation qui préfigure la situation actuelle. En 1790, Isigny est devenu chef-lieu de canton avec les dix paroisses que l'on connaît de nos jours paraît-il en raison des qualités civiques dont firent preuve les habitants pendant la Révolution ; sans doute aussi parce qu'il y avait à Pain d'Avaine une section populaire active, un « club » en quelque sorte à l'image de ce qui se passait dans les sections parisiennes, mais sans qu'on ait relation ici « d'exploits » révolutionnaires particuliers. Le maire emblématique de cette époque (1808-1831) est Nicolas Levindrey et c'est là qu'apparaît l'aspect de « cote mal taillée » de ce canton tout neuf car dès 1818, on relève déjà un projet de fusion entre Isigny et Naftel ; mais cette dernière commune refuse. Fait notable, c'est d'ailleurs de Naftel qu'est originaire Jacques Philippe Guilmard, conseiller municipal et futur maire d'Isigny (1831-1845).Ce personnage (voir notre portrait dans Naftel) va jouer un rôle considérable de précurseur, d'abord dans le cadre de la scolarisation mais aussi dans celui du regroupement des communes.
- l'église fut ravagée en 1792, les statues brûlées au pied de l'arbre de la Liberté, les deux grosses cloches envoyées au District de Mortain pour en faire des canons.
En 1836, J.P.Guilmard donc revient à la charge (mais cette fois il est devenu maire d'Isigny) pour réunir les deux communes... nouvel échec. Deux ans plus tard (1838), il pense que la construction d'une école intercommunales de filles à Isigny (voir notre chapitre écoles) sera un levier supplémentaire mais peine perdue ! L'idée fera néanmoins son chemin avec en 1858 une nouvelle offre de mariage vers le Buat, réitérée en... 1943, avant la fusion de 1969. C'est qu'entre temps, dans les années 1750-1810, une forte activité s'était développée autour de Pain d 'Avaine, simple hameau au départ sur la grande voie Avranches-Sées et tout à coup devenu l'agglomération centrale du canton.
Pain d’Avaine
Pain d’Avaine (qui s'écrivait autrefois Paindaveine ou Paind'Aveine) est pour les habitants du canton d'Isigny, un centre administratif - sinon commercial - puisqu'il abrite tous les organismes de l'administration cantonale : perception, justice de paix, gendarmerie, notariat, etc...
Sous l'Ancien Régime, on le dénommait simplement «passage» de Paindaveine ; sous la Révolution et l'Empire, on l'appela plus pompeusement la « rue » de Paindaveine et au XIXème siècle, il est devenu le « bourg ».
D'où vient son nom si pittoresque ? Les documents ne le disent pas. On en est réduit à des suppositions, d'ailleurs très vraisemblables. Pain d'Avaine dut sa prospérité dans l'Histoire au fait d'être situé sur la fameuse route dite de Brunehaut (VIème siècle) qui allait de Sées à Avranches dans le Haut Moyen Age et sur l'itinéraire d'un chemin montois dit « Grand Chemin ». A proximité, à la Guérivière sur le Mesnil Thébault, on bifurquait vers la Ville des Biards et, par un gué sur la Sélune, ensuite vers Virey et Saint-Hilaire. Toutes les « grandes routes » que l'on connaît de nos jours n'existaient pas.
Autrefois, au carrefour, formé par l'intersection du Grand Chemin ou chemin Montois et d'une voie qui rejoignait Le Buat à la ville des Biards, se trouvait une auberge, depuis longtemps réputée. Le roi Louis XI lui-même, se rendant au Mont Saint-Michel, y descendit, un jour du mois d'août 1473 ; il y prit un modeste repas, malgré la proximité du château de Haut et Puissant Colin de Brécey, seigneur d'Isigny et autres lieux. Bel exemple de simplicité royale, que ne renierait pas notre époque démocratique ! Dans un livre du XVIème siècle, « le Guide des Chemins de France », l'étape de Pain d’Avaine est signalée avec la mention « repas ».
Le hameau connut sa plus grande prospérité en 1750 où il y avait plusieurs boutiques, un maréchal ferrant, 4 cordonniers, 2 boulangers, un cloutier, un tisserand, des chirurgiens-barbiers, un médecin, des fonctionnaires (gabelous ou douaniers) de la Ferme du Roi et 2 auberges. Après l'Empire, il avait perdu beaucoup de son aura : seulement 220 habitants, 59 maisons mais coupé en deux avec le Buat (540 habitants) par la route. Il n'y avait à l'époque presque plus de commerces, pas de mairie ni de justice de paix, seulement deux notaires et les gendarmes.
Ainsi, Paindaveine était donc une étape, un relais pour les voyageurs se rendant au Mont Saint-Michel et à Avranches. Tout naturellement, des échoppes d'artisans et de commerçants continuèrent à se bâtir autour de l'auberge au cours des siècles. (en partie extrait d'un texte du curé Jean Bindet)
Revenons donc à ces débuts du XIXème siècle, en 1845 où Jacques Tencère (1845-1848) puis 1852-1868 succède au fameux J.P. Guilmard. Avec ses successeurs, Lebougre-Barbière (1848-1852), François Dubreuil (1868-1888), Henri Foisil (1888-1908), ils vont surtout s'occuper des écoles, des voiries, de l'aide sociale (32 indigents à secourir en 1879 alors qu'il y a 324 habitants).
Au tournant du siècle, se crée le télégraphe rattaché à Saint-Hilaire en 1881, le comice agricole en 1886, la fondation de la compagnie des sapeurs-pompiers en 1890 et même un journal « les petites nouvelles des cantons de Saint-Hilaire et Isigny Pain d’Avaine » (1883-1893) !
La gare (sur le territoire du Mesnil-Boeufs) permet depuis 1889, l'écoulement des marchandises (bois, cidre, engrais), les déplacements que regarde passer de 1911 à 1922 comme garde-barrière la fameuse « Mère Denis » (voir le Buat) vers les marchés voisins (Saint-Hilaire principalement mais aussi Avranches et Brécey) et la modernisation de l'agriculture.
A la veille de la Grande Guerre (22 morts), il y a 311 habitants ; tout est tourné vers l'agriculture : sur 397 hectares cultivés, 300 le sont en céréales, les 48 hectares de prairies augurent d'un développement axé vers le lait et le beurre mais déjà grevé par le manque de bras. Et Pain d'Avaine (60 habitants), déjà centre tout : une douzaine de commerces, un tas d'épiciers-aubergistes, bureau de poste, justice de paix...
Les maires du XXème siècle : Louis Foisil (1908-1912), Louis Desgranges (1912-1917), Alexandre Lamache (1917-1919), André Foisil (1919-1942) auront à traiter de la question religieuse (inventaires de 1906), de la fièvre des bouilleurs de cru en 1935 où le conseil dans son ensemble tout comme dans de nombreuses autres communes de la région, démissionne.
Le téléphone fonctionne à Isigny à partir de 1921 ; un bureau de poste, précédemment installé au Grand chemin, est inauguré dans le bourg en 1932. Pain d'Avaine est électrifié dans les années 1935-1937 et jusqu'à deux ans plus tard pour les écarts. Mais les idées de fusion qui ont travaillé les élus depuis des années sont toujours dans l'air : pour les pompiers en 1933, pour l'électrification, et même... pour un corbillard cantonal en 1939 !
Tout ça est bien sûr mis sous l'éteignoir à l'arrivée des Allemands. Le maire André Foisil démissionne le 16 juin 1942 pour protester contre la présence de l'ennemi sur sa terre natale ; Maurice Thomas est nommé d'office mais André Foisil retrouvera son poste de maire et conseiller général de 1945 à 1951.
La guerre se passe ici sans trop de dégâts comparé à certaines communes du canton comme Chalandrey, Montgothier, la Mancellière entre autres : un mort militaire, Eugène Gesnouin, disparu, inscrit sur le monument aux morts lors d'une cérémonie du Souvenir en mai 2012 et un aviateur américain dont le parachute ne s'est pas ouvert, abattu sur le Buat et enterré un moment au Frestel. Isigny est officiellement libéré le 2 août 1944 ; le passage du général de Gaulle et de Notre Dame De Boulogne dans le canton, concernent les communes voisines de Montigny et du Mesnil-Boeufs.
Destructions, stagnation... on l'a vu, notre région se réveille à la fin de l'occupation un peu « sonnée ». Les agriculteurs représentent 55 % de la population active totale soit deux fois plus que la moyenne nationale mais la réflexion initiée par les jeunes (la JAC notamment) montre bien qu'on ne peut continuer de fonctionner comme avant. La modernisation est dans toutes les têtes, les premiers remembrements (1958) montrent la voie, bien relayés par les aides gouvernementales d'après-guerre : droit de préemption en cas de vente, prolongation illimitée des baux. A Isigny, ce dynamisme rural va se doubler d'un élan institutionnel original qui débouchera en 1973 sur la première et désormais seule commune-canton de France !
La décennie 1950-1960 est donc cruciale et le petit canton d'Isigny est assurément un des plus menacés du fait de sa faible population et de sa situation, on l'a vu plutôt « artificielle » car véritablement née de la Révolution. On ne sait pas où en est vraiment le centre : à Pain d'Avaine... qui est coupé en deux par la grand-route ? A Isigny où l'église et l'école sont isolées en pleine nature ? Par ailleurs, du fait de leur proximité de grands centres plus actifs, Naftel lorgne vers Saint-Hilaire, Vezins, les Biards et Chalendrey (qui forment déjà presque une entité née de la féodalité et de la fameuse baronnie) vers Ducey, la Mancellière et Montgothier vers les Cellands et Brécey, Montigny vers Reffuveille qui la domine.
A la Libération, tout d'abord, André Foisil retrouve le poste de maire qu'il avait abandonné volontairement à l'arrivée des Allemands, et il sera avec Maurice Vaudoir, un des grands élus de l'après-guerre où se dessine déjà, en 1951, le projet d'achat d'un terrain (Lelandais puis Renault) pour la construction d'une mairie vraiment centrale à Pain d'Avaine. A ce moment, on le verra dans le chapitre « écoles », il faut retenir que Paind 'Avaine n'a toujours pas d'école primaire et que les enfants n'ont le choix que de se rendre à celle située près du château, ou à celle du Buat...toutes deux situées à plus de deux bons kilomètres !
Le projet d'implantation de la future mairie également Justice de Paix, amène d'ailleurs la démission en 1951 de André Foisil en désaccord à ce propos avec son adjoint l'huissier Maurice Thomas qui lui succède immédiatement et sera maire de 1951 à 1962. C'est sous son mandat après en avoir délibéré, que le conseil municipal, le 25 juin 1952 à l'unanimité décide de la dénomination suivante : « Isigny-le-Buat ». L'association des deux noms, on s'en doute, et on le voit aussi dans la rubrique de la commune du Buat, incite encore plus au rapprochement des deux communes : tout s'y prête, la création envisagée d'un syndicat d'eau dans les années 1952-1955, les écoles (en 1954, projet de groupe scolaire-mairie et Justice de Pais), le sport qui ne connaît pas de telles frontières avec la création du club de ping-pong PPCI en 1952. C'est aussi l'année de l'arrivée à Pain d'Avaine de la famille Pinel, venant de Montigny (voir cette rubrique) laquelle achète, en partie, la belle maison en face de l'ancienne gendarmerie (pharmacie actuelle), de l'huissier Thomas, puis en totalité au décès de ce dernier en 1962.
A partir de ce moment, la famille Pinel entre de plein pied dans la vie économique et administrative d'Isigny-le-Buat car si, en 1957, Bernard Pinel vole de ses propres ailes et crée son entreprise de restauration de meubles au Grand Chemin avec trois employés, son père Auguste Pinel devient, en 1959 maire-adjoint, puis maire le 6 novembre 1962. Il seconde donc Maurice Thomas qui, en 1958, a lancé la construction d'un centre administratif à Pain d’Avaine qui commence lui aussi à déjà œuvrer pour le futur rapprochement de toutes les communes du canton puisque la répartition entre les communes pour l'emprunt réalisé est de 8/16è pour Isigny, 3/16è pour le Buat et 5/16è pour les autres communes du canton.
Ce « monument » qui, est encore debout de nos jours pour symboliser cette union voit sa première pierre posée le 22 juillet 1961, et finalement inauguré le 17 novembre 1963 par le préfet Dubois-Chabert et le conseiller général Louis Vaudoir. Dans cet élan, la fusion avec le Buat est sur les rails : le conseil d'Isigny s'y montre favorable dès le 20 décembre 1967 et le Buat suit pour une fusion entérinée le 27 décembre 1968.
Pose de la première pierre du centre administratif le 22 juillet 1961
Inauguration du centre administratif le 17 novembre 1963
La décennie des sixties est féconde en réalisations nombreuses : voirie (chemin rural de la Croix Poret en 1960, du Bourget et de la Harelière 1964), animations socio-éducatives qui renforcent l'esprit d'unité cantonale comme la finale et la coupe de la joie et le concours des jeunes fermières (1961), le festival de la jeunesse familiale au Grand-Chemin (1963), la première coopérative agricole d'utilisation de matériel agricole en commun de la vallée de le l’Oir présidée par Émile Bagot en 1965, la réactivation cette même année d'un comité des fêtes.
Mais surtout, en 1967, le conseiller général Louis Vaudoir élu en 1963 à la suite du décès accidentel de son frère Maurice et qui ne se représente pas au conseil général amène au pouvoir un jeune homme, Bernard Pinel (né en 1933 il a donc 34 ans) qui va révolutionner et « booster » comme on dit de nos jours, le développement de ce petit coin du Bocage. Comme ce dernier nous l'a bien expliqué, (1) (2) le décret de 1962 officialisant le nom d' « Isigny-le-Buat » avait bien instillé une première idée d'association qui se renforça ensuite quand la confusion se poursuivit cette fois entre cet « Isigny-le-Buat » finalement assez nouveau...et le reste du canton.
(1) « En 1967, Louis Vaudoir ne se représentant pas au conseil général, mon père fut bien sûr sollicité, mais on pensait aussi beaucoup à M. de Beaulaincourt qui était alors à l'Élysée (voir notre portrait en rubrique Mesnil-Boeufs) ce qui valut de nous déplacer à Paris, mais ce dernier n'était pas intéressé. Au retour, on chercha vainement un successeur, on réunit les maires du canton, Paul Desloges de Vezins proposa mon nom, ce qui vu ma jeunesse à l'époque n'était pas évident. On sortait aussi des sénatoriales où Léon Jozeau-Marigné avait vu tous les maires et qui comme on dit amorça la pompe.
(2) : nous l'avons rencontré à trois reprises pour la réalisation de cet ouvrage, et nous le remercions encore pour toute son aide précieuse pour la compréhension de cette décennie décisive mais déjà lointaine : précisions historiques, prêt de documents pour la plupart inédits et originaux, etc.
Un château et une famille historiques
Cette grande demeure historique du XIVème siècle, (habitée de manière continue depuis 1921) totalement refaite au XVIIème puis à la fin du XIXème siècle, ne laisse que peu entrevoir de son aspect originel quand on disait qu'il était dans le pays quatre grandes merveilles : le Mont St-Michel, les logis de Ducey, Brécey, et les « chasses », -entendez par là les grandes avenues bordées d'arbres du château d'Isigny.
Il était dans la famille de Brécey, de tous temps fidèle à la royauté quand il servit de quartier général aux troupes de Montpensier, parti assiéger en 1589, les frères de Péricard, incorrigibles Ligueurs ennemis d'Henri IV, sous les remparts d'Avranches. Il avait à l'époque douves et pont-levis, haute tour à feu de défense, deux étangs profonds et des moyens de défense sophistiqués comme ces affûts mobiles sur rotules qu'on peut encore voir de nos jours dans les communs. En ces temps troublés, une troupe d'une trentaine d'hommes y était établie à demeure.
Il entra dans la famille Foisil en 1842 quand François Marie Leroy de Brée, descendante des Godard (qui avaient acheté la demeure en 1701) épousa le notaire Edme-Alexandre Foisil. Il est toujours dans cette famille qui s'est pleinement investie dans la vie locale : Henri-Marie de Foisil (1849-1908) fut maire d’Isigny de 1888 à 1908 et conseiller général (1892-1908). Son fils Louis (1880-1943), érudit local, poète et ami de la Varende également maire de 1908 à 1912. Son frère André (1894-1970), maire de 1919 à 1942, démissionna à l'entrée de la seconde guerre mondiale après l'arrivée des Allemands et reprit sa charge de 1945 à 1951. Sa fille Madeleine, est un historien de renommée internationale marraine de la bibliothèque Guilmard. Professeur à la Sorbonne, collaboratrice de Pierre Chaunu, ce dernier l'encouragea à se lancer dans son étude sur le seigneur du Cotentin Gilles de Gouberville qui la fit connaître du grand public.
Madeleine Foisil est restée très attachée à l'histoire de sa région ; par sa famille : son ancêtre, Nicolas-François Le Roy de Brée, mousquetaire du roi Louis XV, dont le portrait maintient la présence ; par sa thèse universitaire consacrée à « La Révolte des Nus Pieds », celle des sauniers de la baie du Mont-Saint-Michel ; par son ouvrage le plus connu qui traite de la vie du « Sir de Gouberville » gentilhomme du nord du département de la Manche au temps de la Renaissance ; mais aussi par la présidence d'honneur de la bibliothèque d'Isigny dont elle tire une grande fierté
L’Église d’Isigny
et la vie religieuse
A Isigny, rien n'était simple autrefois, avant la fusion avec le Buat et la commune-canton, ni au temporel, ni au spirituel. Alors que toute l'activité se passait à Pain d'Avaine, il n'y avait là-bas, sur le Grand-Chemin, qu'une modeste chapelle... de plus située sur le territoire du Buat !
La « vraie » église d'Isigny était bien loin de là, en pleine campagne, près du château où se trouvait sans doute l'église originelle du VIIème siècle, construite paraît-il (en bois sans doute !) par St-Sever évêque d'Avranches et détruite comme bien d'autres par les Normands.
La chapelle domestique du château du XIVème siècle, dût (un peu comme le prieuré des Biards) servir momentanément d'église paroissiale avant la construction sans doute au XIIIème siècle, d'une église incendiée en 1562 pendant les guerres de religion puis reconstruite en 1690.
Le patronage et la présentation était aux seigneurs du lieu, importants personnages liés à la puissante baronnie des Biards, toujours fidèles à la royauté, présents ici sur plusieurs générations et donc intéressés à doter la paroisse de moyens importants pour fonctionner durablement. La cure avait toutes les dîmes, elle eut à sa tête des prêtres comme Jean Hantraye (originaire du Mesnil-Thébault) dont l'aura dépassa les limites du doyenné, ou qui, comme Julien Danjou, la dota de riches décorations : retable (1736), chaire (1737), tableaux (1742), tabernacle (1744). Elle fut ravagée en 1792, on brûla les statues de bois au pied de l'arbre de la Liberté et les deux grosses cloches furent envoyées au District de Mortain pour en faire des canons. Elle fut remise en état en 1803 avec l'aide d'ailleurs du conseil municipal qui mit une somme importante à disposition.
Y exerça à cette époque l'érudit abbé Jacques Desroches (doyen de 1837 à 1865) dont la dalle mortuaire est toujours visible au chevet de l'église dont la tour a été refaite en 1903.
L'activité paroissiale y fut toujours forte avec de somptueuses missions (1909-1924), l'inauguration du patronage et de la salle paroissiale (1924), la bénédiction des vitraux (1925) couronnée par une grande fête catholique sous la houlette de l'emblématique doyen J.B. Marie en poste ici de 1923 à 1931. Après guerre, le lancement du premier numéro en octobre 1948 du bulletin paroissial « la voix des clochers », grâce aux intéressantes contributions des curés Pigeon et Bindet, servira de lien informatif et culturel à une nouvelle paroisse qui se simplifiera à l'extrême, un peu à l'image de la « commune-canton » en 1994 pour devenir l'unique paroisse « St-Martin d'Isigny ».
En 1986, l'inauguration des travaux de la chapelle N.D. De la Miséricorde avait aussi offert une nouvelle alternative au culte, effectué un moment dans un préfabriqué qui servait de chapelle et de salle de catéchisme et qui fut aussitôt remplacé en 1991 par la salle dite du Puits St-Jean.
Les écoles
Dans tout le Sud-Manche, le XIXème siècle a été marqué, dès l'avènement de la Seconde République, par deux orientations majeures : les voiries et par là le désenclavement, puis les écoles, les deux allant de pair. Mais à Isigny, peut-être plus qu'ailleurs, les écoles ont été facteur d'union, de regroupement, préfigurant l'esprit qui allait animer ce qui, 150 ans plus tard, serait la commune-canton.
Le canton d'Isigny, créé ex nihilo après la Révolution eût beaucoup de mal à se recentrer car il était de nature artificielle. Autrefois, il penchait plutôt du côté de la grande baronnie des Biards et tout à coup, il lui fallait trouver un centre... inexistant sur le plan administratif, toute l'activité économique étant regroupée à Pain d'Avaine, un hameau passager certes, mais sans existence administrative officielle !
En ce qui concerne les écoles, on sait que sous l'ancien régime, leur fonctionnement était aléatoire. Selon que l'on était sur une grosse paroisse, avec un seigneur, et par force, un curé puissant et bien nanti en vicaires compétents, on pouvait avoir plusieurs décennies d'avance sur les paroisses voisines. A Isigny, ce fut sûrement le cas sous les de Brécey, très liés à la couronne de France et à leurs représentants dans la province, les comtes de Mortain. La première mention d'une école de garçons date des visites épiscopales de 1726 où la classe était tenue par le vicaire Jean Quesnel, puis 1748 avec le même pour les garçons, et Jeanne Bréviaire première mention pour les filles. En 1806, on mentionne une école mixte, sans doute tenue (peut être sous l'Empire, mais sûrement à la Restauration), par une religieuse, comme c'est confirmé en 1829 avec une demoiselle Leprieur. Cette école, se serait située à la Harelière près de Naftel, puis à la Croix-Alexandrine.
C'est la période des « rapprochements » de communes opérés sous la houlette du fameux maire J.P.Guilmard qui fait justement des écoles sa priorité et un levier pour tenter de « marier » Isigny à Naftel, puis plus tard, au Buat (voir notre chapitre spécial). Tout cela concorde d'ailleurs avec les instructions préfectorales de 1830 qui enjoignent à Isigny (qui donc n'en possède pas encore) de se doter d'une école de garçons. Or, par délibération de cette même année 1830, le conseil municipal avoue ne posséder ni local, ni terrains, ni même les fonds suffisants pour l'entretien d'un instituteur !
Dans les années 1831-1833, les élus locaux (J.P.Guilmard, mais aussi le conseiller général Lerebourg-Pigeonnière) sollicitent des aides et même une réunion de communes inédite (Mesnil-Thébault, le Buat, Naftel, Mesnil-Boeufs) pour entretenir des instituteurs primaires. En 1836 enfin, on loue une première « maison d'école » pour garçons et en 1838, toujours sous J.P.Guilmard, on sollicite une école intercommunale, cette fois pour les filles. Celle-ci, grâce à un don de M.Leroy de Brée, au « Bois-Philippe », voit même le jour (1842) deux ans avant l'acquisition d'une maison qui fera office de mairie et d'école de garçons en 1850 à Paind'Avaine. Il faut signaler que le Buat, intéressé dans un premier temps au projet, s'est finalement désisté, Pain d'Avaine (qui est cependant pour partie sur son territoire) se montrant trop loin de son bourg, et donc pour ses écoliers qui, rappelons-le à cette époque où il n'y avait ni vélos, ni « ramassage », se déplaçaient à pied, en sabots ou « sacotins » !
En 1895 cependant, cette première école (encore en bois et terre) est en mauvais état, et en 1898, ne peut être conservée, ce qui incite à une construction neuve, mais bien loin de Pain d'Avaine, lieudit « le champ de l'église », près de cette dernière. Cette école mixte est terminée en 1904 avec à sa tête comme institutrice Mlle Virginie Vauprès, puis en 1908, Mlle Bréard.
Cette école prospère sous ses différents enseignants (Chennevel, Mary, Letouzey, Gosselin) lesquels préparent particulièrement leurs meilleurs élèves au fameux « certificat » pour lequel d'ailleurs la commune n'hésite pas à mettre la main à la poche par un don de 5 francs à chaque élève obtenant le précieux viatique.
Dès 1930, vu le nombre d'enfants, elle devient école mixte à deux classes et le conseil municipal décide qu'il ne sera plus admis aucun élève des écoles voisines. De fait, la situation paradoxale de ce nouveau chef-lieu de canton incite les parents des écarts isolés des communes les plus proches de ce « centre » incertain (on est bien loin encore « d'Isigny-le Buat » !) d'y scolariser leurs enfants... ce qui fragilise d'autant leurs écoles d'origine ! En 1938 néanmoins, cette situation ne semble pas être complètement réglée puisqu'on pense encore agrandir cette école mixte « ... le nombre d'élèves y étant passagèrement élevé ».
Après la seconde guerre mondiale, la question se pose autrement car Pain d'Avaine qui, à ce moment, ne l'oublions pas, n'a pas d'école en réclame une (1951). Ce qui se comprend, car c'est vraiment devenu, en deux siècles, le centre économique du canton et ses enfants ont deux kilomères à faire à pied pour se rendre à celle que l'on connaît près de l'église... Et pour aller au Buat (si on habite « rive droite » en allant vers Avranches), c'est la même chose ! Cette période on le verra par ailleurs dans cet ouvrage, est fertile en réflexions de tous genres pour les associations : de mairies, de sports (tennis de table, football), pour construire une mairie commune. Dès 1954, on pense près de cette dernière (qui fait aussi office de Justice de Paix), construire un groupe scolaire sur les terrains Calvary-Guilmin. Cette école primaire s'ouvre en 1956 sur l'initiative de l'inspecteur Le Jean d'Avranches avec Mmes Fauvel et Gautier, puis en 1958 avec les époux Watrin couple emblématique de cette époque jusqu'à son départ en 1970 (remplacé par Y. Le Roux). Michel Watrin également secrétaire de mairie depuis 1962, est le « bras droit » du maire Auguste Pinel l'année suivante, et au cœur de tout ce qui a précédé l'union officielle Isigny et du Buat, puis des prémices de la commune canton.
Cet esprit, nous explique Michel Watrin actuellement retraité dans le centre du département, était dans l'air, porté par le conseiller général Maurice Vaudoir et Auguste Pinel qui s'étaient déjà activés pour la construction du centre administratif.
« En 1960, une importante réforme des établissements scolaires était en cours. Prolongeant la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans elle transformait les cours complémentaires existants en Collèges d’Enseignement Général et prévoyait là où il n’y en avait pas un Groupe d’Observation dispersé par canton pour l’accueil en 6ème et 5ème.
Constatant le mouvement dans les cantons voisins et dans leur volonté unitaire, deux élus d’Isigny le Buat (Auguste Pinel, Auguste Lemarre), deux du Buat (Victor Besnard, Vital Mauviel) emmenés par le Conseiller Général Maurice Vaudoir sont allés en délégation plaider la cause de la création d'un Groupe d'Observation Dispersé, près de l'inspecteur d'Académie Dégrémont à St-Lô et dont la décision positive aboutit à l’ouverture de la première classe de sixième le 17 septembre 1962. Restait à organiser l’accueil des enfants et surtout la structure cantonale pour le partage des dépenses matérielles et l’organisation du transport scolaire. Heureusement j'avais mis la main sur les statuts d'un syndicat de gestion du collège de la commune de Prades (Pyrénées-Orientales) que nous avons adapté à notre cas... et qui ont été acceptés, pour même faire école dans le reste du département sous la forme de syndicats intercommunaux à vocation scolaire ».
Ces statuts feront autorité jusqu'en 1964 à la création des SIVOM spécifiques, et le G.O.D jusqu'en 1970.
Ainsi après la création de l’école de Pain d’Avaine et la construction du Centre Administratif, la coopération des communes se renforçait par le soutien au G.O.D.
Michel Watrin (qui est venu nous rencontrer lors de la réunion publique du 10 mai 2014, salle de la convivialité) n'est pas avare en anecdotes sur ces temps héroïques : « la salle de classe organisée dans la baraque de la Mairie avait conservé l'estrade du prétoire de la Justice de paix cantonale supprimée en 1958, était celle où je faisais tous les cours de la première classe de sixième (16 élèves) hormis l'anglais confié à une jeune adjointe Mlle Evelyne Marie nommée pour me remplacer dans ma classe de cours moyen et fin d 'études. L'étonnant c'est qu'à midi, à la fin des cours, je laissais ma place au curé doyen Laroute qui entrait enseigner le catéchisme aux mêmes enfants. Autre particularité, l'année 1962-1963 fut riche en élections diverses : municipales pour compléter le conseil avant l'élection du nouveau maire suite au décès de Me Thomas, referendum pour l'élection du président de la République au suffrage universel. Conséquence de tout cela : avec les élèves il fallait empiler tables et bancs dans un coin de la salle, et les remettre en place le lundi matin, en casant au mieux l'isoloir près du poêle à fuel. Certains matins d'hiver, la classe trouvait l'encre gelée dans les encriers ! »
Autre curiosité narrée par l'instituteur également secrétaire de mairie comme c'était couramment le cas à l'époque dans les communes rurales : « lors des conseils à onze membres, il n'y avait plus de place suffisante pour installer 10 chaises : le maire Auguste Pinel prenait le bureau sur l'estrade alors que j'étais assis à ses côtés à une toute petite table annexe. Comme on ne pouvait sans cesse manipuler les tables d'écoliers, jusqu'en juin 63, certains conseillers siégeaient assis, comme ils pouvaient, sur les petites tables des élèves » !
Chaque jour pendant ces deux années scolaires 1962-1963, les enseignants (M.Watrin, Mlle Marie) emmenaient les élèves manger à l'auberge Gautier pour les reprendre trente minutes plus tard en les gardant cette fois sur le terrain entourant la baraque et qui servait de cour de récréation.
A la rentrée 1964 à l'ouverture de la cantine (Mmes Forget puis Crambert), avec les moyens du bord (couverts offerts... par la maison Pinel... instituteurs aux marmites quand la cantinière était absente), la situation de l'interclasse des élèves s'améliora, la cour ayant été gravillonnée.
La progression des effectifs du GOD en 1963, 64, 65 a conduit à la mise en place de classes démontables et, en 1966-67 à l’ouverture d’une classe de 4ème qui pouvait laisser espérer alors l’année suivante l’évolution en collège d’enseignement général. Le changement d’Inspecteur d’Académie en début 1967 bloqua le processus pour conduire en 1970 au rattachement administratif du GOD au collège de Ducey transformé en CES, décision qui provoqua le départ de M. Watrin.
Et cette situation perdurera jusqu’à la création du collège, obtenue grâce à la persévérance du conseiller général maire bien relayé au niveau national et régional par le Président Jozeau-Marigné.
Le chêne porte-gui
Ce chêne porte-gui ou chêne druidique qui ,se situe au « Pré-au-Chêne », ou encore ferme du Bois, est une curiosité régionale qui a amplement été détaillée par Henri Gadeau de Kerville (1898) dans son ouvrage « les vieux arbres de Normandie », mais plus encore par le « local » Charles Guérin du Mesnil-Thébault, un des bienfaiteurs de la réfection de l'église de cette petite bourgade en 1897. Il eut les honneurs de la lithographie, des premières photographies et fut remarqué par les Allemands lors de la dernière guerre sans doute du fait de l'aura celtique et de mystère l'environnant. C'est en effet sous de tels chênes que les druides opéraient leur fameuse collecte du gui, censé longtemps guérir du « haut mal » c'est à dire de l'épilepsie.
Âgé de plus de 400 ans, il existe de tels chênes notables dans notre région à St-Nicolas des Bois, Hambye, Brécey, et dans les années 1952-1953, on n'hésita pas à détourner une ligne haute tension pour éviter de l'abattre. Pas sûr que de nos jours on prenne autant de précautions pour préserver de tels « monuments historiques »... voir ce qui s'est passé pour les barrages !















































