MONTGOTHIER Isigny le Buat
Cette petite paroisse sur la lisière Sud de l’anticlinal d’Avranches prospéra sans doute lors des grands défrichements du XIe siècle, se trouvant proche d’un itinéraire antique (la fameuse voie de Brunehaut allant de Sées à Avranches) et d’un gué-péage où se trouvaient tout à la fois l’église et une fortification matérialisée par le manoir du XVIe siècle situé à l’Est de l’église, le château du Logis venant prendre la suite.
Comme toutes les paroisses de l’époque, sa situation fut très confuse parce qu’au plan religieux elle relevait du doyenné de Cuves alors que pour le civil elle dépendait de l’élection-vicomté de Mortain…et même un moment (1718-1749) de celle de Saint-Hilaire-du-Harcouët.
Sur le plan féodal, elle faisait, au XIIe siècle, partie de la puissante baronnie des Biards, au XIIIe siècle aux Grimault également seigneurs de la Boulouze, Saint-Senier, le Mesnil-Ozenne. Le fief passa ensuite jusqu’en 1469 aux de Combray (de la famille des sieurs de Sacey près Pontorson) date à laquelle la recherche de Montfault note un Jehan de Montgothier, en fait un de Combray qui avait fini par prendre le nom de la paroisse où ses ancêtres résidaient depuis plusieurs générations. En 1520, elle était aux de Billeheust, sans descendance, puis aux Abraham et aux Gouin (entre 1653 et 1663 sans doute par succession) qui réunirent le fief avec celui d’Athys (voir notre article sur le manoir du Logis), et enfin vers 1771 aux de Verdun par mariage.
Les archives paroissiales ont gardé trace des curés depuis François Abraham (décédé en 1611), François Auvray, Nicolas Gaudin (jusqu’en 1676) et à cette date, René Le Prieur qui, décédé en 1695, mourut en odeur de sainteté. Il fut un des fondateurs du séminaire d’Avranches et on venait même en pèlerinage sur sa tombe, même de nuit, car certains de ses successeurs trop zélés (ou jaloux !) dispersaient les fidèles qui venaient y faire leurs dévotions. Sa tombe est toujours visible dans le cimetière aux côtés d’autres tout aussi remarquables (voir article sur les tombes remarquables du cimetière). Ses successeurs furent : Pierre Vaullegeard (1691-1729), Julien de l’Ossendière (1729-1736), Julien Collibeaux de 1736 à 1756.
La visite de l’évêque Mgr Durand de Missy le 10 juin 1746 montre une église en bon état (elle est en pleine réfection), de même que les chapelles adjacentes (Saint-Laurent et Saint-Mathurin). Il y a déjà deux écoles, celle des garçons tenue par Jean Lelandais et celle des filles par Thomasse Rendu. Le seigneur est M. d’Athys qui vient de construire (autour de 1728) le nouveau château où il reçoit d’ailleurs le prélat.
En 1783, il y a 588 habitants et c’est une grande cure dont le revenu atteint 2500 livres car elle possède toutes les grosses dîmes et jouit de nombreuses aumônes et propriétés. Le curé Louis Guyon est assisté du vicaire Jean Trochon qui tient l’école depuis 1771. A la Révolution, l’un comme l’autre, de même que Pierre Hardy ordonné en 1789 qui attendait une affectation dans sa famille, refusent la constitution civile du clergé et s’exilent à Jersey en 1792.
En juillet 1791, arrive le curé « intrus » (c’est-à-dire nommé par la Convention) Pierre Patouil, originaire de Saint-Georges-de-Rouelley, en provenance du Mans, lequel convainc peu de fidèles car…il se marie en 1793…et se retrouve même condamné un peu plus tard pour vol ! Ce sont donc les prêtres réfractaires de la région, en particulier Louis Hardelé de Ducey, souvent caché à la Mancellière, qui administrent le culte. C’est d’ailleurs lui qui ouvrira l’église en 1800, celle-ci n’ayant été que peu dépouillée ni profanée ni dévastée. Nommé à Saint-Jean-le-Thomas en 1802, il cède la place à l’abbé Guyon revenu de son exil et qui doit habiter l’ancien château quasi en ruines (le presbytère ayant été vendu comme bien national). Décédé en 1806, c’est l’abbé César Davalis (décédé en 1812) qui fit construire le nouveau presbytère.
Pendant toute la Révolution, la sœur Lebocey tint toutefois l’école dans une vieille boulangerie près de l’église montrant que, malgré tout, la commune ne pâtit que peu des évènements de la tourmente révolutionnaire.
Montgothier au XIXe siècle
et jusqu’à la Grande Guerre
Les archives municipales démarrant en 1812 nous montrent le maire Adrien Hamelin prêtant successivement serment à l’Empire, à la Seconde République, au Roi des Français, et même au Troisième Empire puisqu’il ne sera remplacé à la tête de la commune par Paul Dubois, maire et conseiller général, qu’en 1859. Un long bail donc où, comme tous les élus de l’époque, il lui faudra faire l’apprentissage d’un fonctionnement différent de celui de l’ancienne paroisse de l’Ancien Régime. Les conseils municipaux, restreints à l’époque, se doublent des dix « haut cotisés » ou encore propriétaires « adjoints » aux décisions locales car ce sont les principaux contribuables de la commune.
La première préoccupation du moment demeure les chemins ruraux : ceux du bourg, de la Guérinière, de la Forge-Coquelin ou ceux de plus grande importance comme Avranches-Saint-Hilaire par la Forge-Coquelin ; il faut de toute façon faire effectuer de grandes corvées comme, par exemple, 30 journées de voitures à trois chevaux pour la seule année 1817. Le budget de la commune est englouti dans ces dépenses essentielles (comme le montrent bien les comptes rendus des délibérations) au profit du développement de l’agriculture qui mobilise toute la province normande après les affres de la Révolution et de l’Empire, où toute l’activité économique a été stoppée pendant vingt ans.
A partir des années 1830, l’instruction devient prioritaire. En 1831, le nombre d’enfants à accueillir dépasse la cinquantaine dont 8 pauvres, à titre gratuit. Il n’y a pas encore de local spécifique car trop cher à construire. On loue donc ! Mais à partir de 1833, avec la création du comité local d’instruction primaire et le nombre d’enfants qui a augmenté (83) sans doute parce qu’il faut accueillir une partie de ceux de la Mancellière, on commence à penser à une construction ex nihilo, d’autant qu’en 1839, le nombre d’habitants (662) incline à penser aussi à l’instruction des jeunes filles. En 1840, sur un budget communal de 3.000 F environ, le fonctionnement des écoles filles et garçons ponctionne déjà 500 F, et en 1849, on planche sur le projet de construction d’une école spécifique qui ne sera vraiment opérationnelle qu’en 1856 et coûtera 3 400 F.
A partir de 1859, la municipalité de Paul Dubois devra revenir sur les chemins (la Moinerie, notamment, reliant les routes Avranches-Isigny-Mortain), entreprendre l’enquête sur l’arrivée du chemin de fer dans la région (1863), lutter contre la pauvreté (18 indigents dont 8 mendiants « actifs » en 1862) et reprendre, en 1865, les relations qui commencent à se tendre avec la cure à propos du presbytère jugé « pitoyable et insuffisant » et pour lequel la Fabrique (1) demande une aide de 2.000 F soit près de la moitié du budget de la commune !
Nous sommes à cette époque dans une tendance qui va amener vers la séparation de l’Eglise et de l’Etat au début du siècle suivant (1905-1906) mais qui démarre dans cette ambiguïté : les communes doivent entretenir désormais les bâtiments aux côtés de la « Fabrique » qui administre et gère les biens de l’Eglise mais avec ses fonds propres : rentes, legs, produits du casuel, des obits, des messes, toutes ressources plus ou moins frappées du soupçon d’un manque de sincérité vite avancé par les maires pris par d’autres soucis financiers (écoles, chemins comme on l’a évoqué précédemment).
La commune doit aussi prévoir l’entretien du vicaire, pas toujours présent comme à Montgothier où, dès 1839, on se plaint justement d’une carence qui obère la rentrée des messes et obits (frais de sépulture). Or, en 1874, il n’est toujours pas là ou seulement par intermittence, ce qui amène des frictions car la commune affecte la somme prévue à autre chose comme, par exemple, l’exécution des travaux urgents à l’école des filles, et ce, au grand dam de la cure.
Les municipalités suivantes de Romain Piquois (1869-1885), et surtout de René Piquois (1885-1888) seront emblématiques de cette époque qui verra le ton monter dans les relations entre la cure et la mairie à peu près dans toutes les communes (2). Il faut aussi comprendre les élus ; début 1880, la commune est en plein boom avec le passage à proximité de la ligne de chemin de fer ; en 1891, la construction de son école des filles est engagée (17.500 F, l’Etat ne donnant que la moitié, les frais de fonctionnement s’élevant à 2.150 F pour un budget communal de seulement 5.000 F dont 1.300 F de chemins) ; il faut tenir compte également de l’importance des quatre sites de carrières au Bouée à raccorder à la voirie et voilà que tout à coup, le curé demande des travaux urgents au presbytère, bâtiment quasiment neuf (6 ans d’âge) et dont la construction avait été effectuée sous sa direction : « le curé veut vexer la commune » signale le registre.
(1) : Désigne des personnes chargées d’administrer les finances affectées à la construction d’une église ou d’une chapelle.
(2) : En 1892, la presse, dans la Revue catholique s’était fait l’écho de la volonté de la municipalité de « laïciser » l’enseignement en s’attaquant à la sœur Morin qui, depuis des années, y faisait l’école et la garde-malade. Le conseil municipal là-dessus se sépara en deux et les élections suivantes furent émaillées d’adresses et libelles signés « d’électeurs, pères de familles » qui firent de cette question un des critères de la constitution de listes.
Sous Emile Lechat (1888-1904), la commune a dû fortement emprunter pour les écoles
(construction de l’école des filles en 1891) et il faut même lancer une souscription spéciale pour ouvrir un chemin important qui va de la Chapelle-Urée à la gare du Pont d’Oir. On imagine donc comment le conseil accueille en 1891 la belle idée du curé Lecoq…de refaire à neuf son église ! Il y en a pour 48 000 F (le budget communal est à l’époque de 11 000 F), la fabrique peine à aligner 23 000 F, le curé promet de trouver des souscriptions…en nature ! On frôle la provocation, le conseil la joue fine, gagne du temps (quid des concessions perpétuelles du cimetière qu’il faudra éjecter on ne sait où par exemple !), fait état de ressources fabriciennes pas forcément « certaines », sinon sincères… Et quand cette dernière amène enfin ses comptes, il est facile pour les édiles de faire remarquer qu’il y a eu négligence sur l’entretien de certains bâtiments qu’elle occupe et donc une autre urgence à prévoir que de construire une belle église toute neuve à la place de l’ancienne. Le curé Lecoq lui-même se retrouve un peu coincé quand on lui démontre qu’il occupe indûment depuis 25 ans un bien communal qui lui avait été soi-disant donné par les anciennes municipalités ! On doit donc à toutes ces bisbilles qui nous font maintenant sourire, d’avoir conservé telle qu’elle était autrefois, la charmante petite église typique de Montgothier et surtout entourée de son cimetière et de ses tombes antiques dont nous parlons plus loin. Mais revers de la médaille, de cette époque (les municipalités citées plus haut ainsi que celles de Pierre Lemetayer de 1904 à 1917 avec comme adjoint Victor Maillard) datent les clivages entre "gens du haut" et "gens du bas", laïcs contre « calotins », avec comme point d’orgue les fameux « inventaires » (1) et des ressentiments de factions municipales qui ont même duré jusque dans l’après-guerre.
(1) les inventaires de 1906 furent malgré tout, ici, moins « virulents » qu’ailleurs. On sonna la cloche à l’arrivée de la troupe et quelques opposants arrivèrent quasiment en même temps, mais pas assez nombreux pour empêcher que des serruriers puissent ouvrir.
L’entrée dans le XXe siècle
Les débuts du XXe siècle nous sont bien connus par le rapport de 1913 qu’effectuaient tous les instituteurs à l’Académie et qui fourmillent de détails importants, lesquels permettent de bien saisir la vie de la petite bourgade.
Sur ses 578 habitants, 514 sont agriculteurs et on se lamente de la quasi disparition désormais des 60 ouvriers taillant le granit sur les quatre sites du Bouée et qui sont tous partis offrir leurs bras sur Saint-Pois, Coulouvray et même jusqu’à Vire. Trente ans après cet âge d’or, ils ne sont plus que quatre auxquels il faut ajouter les 6 occupés à extraire de la pierre à chemins. Ce qui explique donc que les commerces soient, à la veille de la Grande Guerre, encore assez restreints : pas de boulanger (un dépôt de pain néanmoins), une épicerie-mercerie, deux aubergistes, un cordonnier-coiffeur, pas de boucher, la viande étant apportée seulement le samedi par l’étal ambulant d’un boucher venu de Reffuveille. C’est assurément un « luxe » dans une commune où, on l’a vu, l’agriculture est reine et a pas mal progressé : de 1870 à 1913, sur les 720 hectares de terre agricole, les terres incultes sont passées de 107 à 30 hectares. Il y a à peu près autant de propriétaires que de fermiers (46 contre 44) qui se modernisent bien les dix années précédentes où l’on note la présence de 12 charrues-brabant contre 2, ou encore 15 machines à battre contre 5. Les céréales se taillent, bien sûr, la part du lion (480 hectares), loin devant les 35 hectares de « plants » de pommiers qui fournissent quand même 9000 hl de pommes, livrées pour l’excédent comme toutes les communes voisines (voir Chalandrey par exemple) à la gare du Pont d’Oir. Bien sûr « à quelques exceptions près » comme le signale l’instituteur, « tout le monde distille » ce qui expliquera la participation du conseil municipal et de la population au grand mouvement de défense des bouilleurs de cru de 1935. Dans cette période (et jusqu’environ 1955), bien sûr le cheval est roi : il y en a 172 sur la commune ; 580 bovins, 175 porcs, 210 moutons, 2 000 poules, 200 oies, 180 canards, 200 lapins…ce qui explique comme on l’a vu, les apparitions seulement hebdomadaires du boucher de Reffuveille sur la place du village le samedi.
Curieusement, il n’y a plus que 5 journaliers (payés environ 400 F l’an), 3 chasseurs, mais une centaine de ruches sur le territoire de la commune, ce qui s’explique par leur rapport intéressant de 750 F par an à rapprocher de la location moyenne annuelle à l’hectare qui était de 75 F ou du prix du pain (0,38 F le kg). Par contre, malgré l’exemple de solidarité venu d’en haut on peine à s’organiser collectivement, banques et assurances ont du mal à s’implanter, les emprunts pour investir se faisant « à la petite semaine » auprès d’usuriers qui exploitent les paysans.
Vous trouverez à la fin de cet article de nombreuses photos de Montgothier
Carrières et sabotiers de Montgothier
I - Les sabotiers au XIXe siècle
Au XIXe siècle, cette activité fut une des plus florissantes de cette petite commune. En feuilletant les registres de catholicité, nous avons retrouvé de nombreux noms de sabotiers et de villages où se tenait cette industrie. La principale fabrique de sabots avait son centre surtout dans les bois de La Bouverie où le promeneur peut encore découvrir plusieurs hêtres majestueux.
Cette activité occupait, surtout pendant l'hiver, des paysans qui n'avaient que des petites terres et qui trouvaient là une seconde source de revenus. A La Bouverie, les sabotiers étaient là l'hiver et l'été ils s'en allaient travailler à la moisson dans les fermes de la commune ou des environs. Ils logeaient et couchaient dans la boulangerie ; lorsque le froid se faisait plus dur, ils allaient trouver un peu de chaleur dans l'étable aux brebis.
La fabrication des sabots se faisait en deux temps. Il y avait d'abord l'abattage des hêtres que l'on trouvait en grande quantité dans le bois des « pares ». On mettait les têtes des arbres de côté car on n'allait pas seulement en faire du bois de chauffage. Ces grosses têtes, avec toutes les autres branches, allaient servir à faire du charbon de bois que les blanchisseuses utiliseraient. Ce charbon de bois venant du hêtre a pour propriété de ne pas s'éteindre et de durer longtemps. Voici comment les ouvriers procédaient : toutes les têtes des hêtres étaient rassemblées dans de grands tas, on les recouvrait de terre, en laissant tout de même une petite cheminée pour l'aération. Ces « fourneaux » étaient fabriqués de telle façon qu'il ne fallait pas d'air, en dehors de la cheminée. On allumait le bois, et il fallait qu'il « brûle sans flamber ». Il était donc nécessaire de le surveiller continuellement, afin que le bois se consume tout doucement. Il y avait un délai pour la « cuisson » et, passé ce délai, on obtenait du bon charbon de bois avec lequel les nombreuses blanchisseuses feraient chauffer leurs fers à repasser. Ce charbon serait également utilisé par les maréchaux de la région.
Il fallait ensuite faire transporter des troncs, sciés par petits bouts, dans le jardin de La Bouverie. C’était la deuxième étape de la fabrication des sabots. Ce travail s'effectuait à l'intérieur, au cours des froides journées d'hiver.
Les sabots étaient peints en noir surtout ou bien ils étaient vernis et servaient le dimanche. Tout le monde portait des sabots et même la plupart des habitants se rendaient à la messe en sabots. Quelques familles aussi, pour le dimanche, mettaient sur leur paire de sabots du noir qui avait été pris au derrière de la marmite. Il fallait également les « clouter » pour qu'ils résistent mieux à l'usure et mettre dedans une bonne couche de paille pour maintenir les pieds bien au chaud.
C'est le fabricant lui-même qui vendait ses sabots c'est-à-dire le patron de l'atelier si on travaillait à plusieurs. En 1900, une paire de sabots valait 18 sous.
Le « Mont Bouée » fait partie d'une chaîne centrale qui part de Mortain. Il s'écarte de la ligne droite du faîte, pour s'avancer comme un cap au milieu des schistes micacés. En passant, on peut signaler que ce mont était surmonté d'un dolmen, ou table de pierre, qui servait d'autel aux druides. M. l'abbé Desroches pense que le nom de « Bouée » donné à cette colline viendrait du fait que les prêtres druidiques immolaient des bœufs sur cette petite « montagne ».
Il est certain que des carrières existaient au « Bouée » et qu'il fut un temps où ces carrières étaient très prospères. Les carriers habitaient surtout les villages de « La Houstière », du « Tertre », de la « Poullinière », de la « Chabottière », de la « Perrelle ».
Vers le début du XXe siècle, il y avait environ 70 ouvriers à travailler aux carrières ; ils avaient à peu près tous des « surnoms ». Les carrières disparurent peu de temps après la guerre de 1914-1918. Ceux qui connaissent le « pays » comprendront bien les causes de cette disparition : la dureté du travail d'abord et aussi la difficulté de l'extraction. Le granit était dur à travailler. La croix du cimetière de Montgothier, qui date de 1854, faisait partie d'un même bloc avec celle du Mesnil-Ozenne. Le bloc fut fendu en deux ; avec un « burin », les ouvriers faisaient un trait d'une profondeur de 10 à 15 centimètres dans tout le sens de la longueur puis, avec des « calots » de bois qu'ils enfonçaient dans cette rainure, la pierre se fendait.
Il y avait deux forges aux carrières pour tremper les outils et les « battre ». Quand les blocs étaient taillés, il fallait les charger sur les voitures. Une grande roue avait été installée à cet effet. La pierre était reliée à la roue par des « chapelets de fer ». Deux hommes montaient dans la roue et la faisaient tourner. La pierre montait et venait se placer sur la voiture qui avait été « acculée » pour permettre au bloc de prendre sa place.
Mais le départ des hommes pour la guerre a désorganisé le travail des carrières ; plusieurs ne sont pas revenus, d'autres ont trouvé le travail difficile sur ce haut-lieu de Montgothier. Aussi, petit à petit, les chefs de chantier ont quitté le « Bouée » pour aller vers Gathemo et Montjoie, emmenant avec eux une partie de leurs ouvriers. C'est le même filon de granit que l'on trouve à Gathemo.
Le départ des carriers a fait baisser le chiffre de la population de Montgothier et des villages entiers ont disparu. En 1856, nous notons une population de 667 habitants, puis, en 1901, elle ne sera plus que de 512, pour tomber à 381 en 1921. Un village comme celui de la « Houstière », qui comprenait au moins douze feux, est complètement vide aujourd'hui. La « Chabottière », « Le Tertre » et la « Poulinière » ont perdu chacun de quatre à cinq feux. Des petites maisons d'argile sont tombées en ruines et il ne reste souvent que des pans de murs couverts de lierre et de mousse, derniers vestiges d'un passé laborieux.
Les années ont recouvert le granit du « Bouée » et maintenant, il ne reste que peu de traces de ces fameuses carrières. Pourtant, les anciens se souviennent et ils reparlent encore de ce passé avec admiration et reconnaissance.
Texte de Marcel VAUPRÉS. (Relevé dans la Revue de l’Avranchin n° 251 de 1967)
Notes complémentaires : En 1864, la croix en bois érigée dans les jardins de la Lande (hospice de Saint-Hilaire) a été remplacée par une croix en granit provenant des carrières de Montgothier.
Situé à l'une des extrémités de la commune, sur la route d'Avranches à Mortain, le village de la « Forge Coquelin » a connu au siècle dernier une grande activité agricole. C’ est là que se tenait une des foires champêtres de cette contrée, vers le 20 septembre, un peu avant que ne finisse l'été et que ne commence l'automne. La moisson est terminée, les corvées de battage battent leur plein, les pommiers sont en pleine production. Dans tous les villages, on parle de ce voyage à la foire « à la Forge », et les parents promettent cela comme récompense à leurs enfants : « Fais bien ton travail si tu veux aller à la foire à la Forge ».
Avec le village du « Fréchot », celui de la Forge est composé de nombreux feux. Le jour de la foire, des gens de Montgothier, du Grand-Celland et de la Chapelle-Urée, partent très tôt le matin vers ce lieu de la foire. On s'est bien endimanché, les hommes ont mis leur plus belle blouse et par tous les chemins, on se dirige vers la foire qui se tient des deux côtés de la route, sous les pommiers et dans les champs. En venant du bourg de Montgothier on prend le plus souvent le petit chemin sur la droite après le carrefour de la « Croix de la Datinière ».
C'est le jour où l'on va essayer de vendre le petit poulain, une des vaches de l'étable ou bien une « cagée » de petits cochons ainsi que des moutons de l'année. C'est déjà un beau remue-ménage dans tous les alentours ; on s'appelle, on s'invite à « boire un coup ». Les marchands, avec leur grande blouse et leur chapeau, sont là nombreux pour offrir leurs prix et les tractations vont durer une partie de la matinée.
Ce n'est pourtant pas la seule activité de cette foire, car dans un champ au bout d'un chemin creux, un cirque est venu planter sa tente et ses manèges. C'est la joie de tous les enfants des communes environnantes. On peut faire une partie de manège « à pas cher ». « Je me souviens, dit un contemporain, avoir vu un gars de cirque tourner sur le ventre, perché au bout d'un mât. » On a donné un tout petit peu d'argent aux enfants pour acheter un « garot » ou une « torquette » à l'étalage du Père Boudet, cet excellent garotier de la Pesnière. On vendait alors le garot de 1 à 4 sous (50 francs anciens). Il ne fallait pourtant pas dépenser beaucoup, on n'était pas riche ! « Je te donne vingt sous, mais surtout, ne les dépense pas ! » disait une maman à sa petite fille ; « c'était la fête pour tout le monde ; nous étions récompensés de la longue marche qu'il fallait effectuer pour arriver non loin des « Hauts Vents », sur ce haut-lieu de Montgothier ».
Après avoir vendu leur bête, ou bien pour « finir » le marché, les hommes s'attablaient sous un pommier, non loin d'un tonneau de cidre et l'on buvait cette boisson normande, à
« grandes moques ». C’était pratiquement la seule boisson vendue sur le champ de foire. De temps en temps, les hommes quittaient la table posée sur des tréteaux pour aller faire une partie de « ballière » où l'on s'amusait à lancer la balle. C'était, bien entendu, le jeu des enfants et des jeunes également.
Le temps passait ainsi, et il fallait songer au retour. Par petits groupes, les amis et voisins du village repartaient, chaussés de leurs beaux sabots résonnant sur les cailloux des chemins. Tout le monde était heureux et prenait le temps de l'être, et souvent, on chantait pour que la route paraisse moins longue, des chants qui avaient déjà égayé les veillées d'hiver. Les parents parlaient des affaires réalisées et de la foire de l'année suivante, ou bien aussi, de la récente « Assemblée » qui s'était déroulée dans le bourg de Montgothier.
Les dernières années de cette foire, il n’y avait plus que trois tentes avec, près de chacune d'elles, un tonneau de cidre sur la voiture. On se souvient encore de la tente de François Rochefort, du Grand-Celland. Il y avait également le café de la Mère Chenu, les loteries habituelles, le tir à la cible, les marchands de bonbons et de bibelots. Cette foire a duré jusqu'au début du XXe siècle. Ce serait en 1913, aussitôt avant la « Grande Guerre », qu’aurait disparu cette foire champêtre. Elle s’est estompée avec le développement de la ligne de chemin de fer, par le Pont-d'Oir, vers Domfront et vers les villes voisines. Il devenait alors plus facile de se rendre aux plus grandes foires d'Avranches et de Saint-Hilaire. Le soir, au coin du feu, pendant les longues veillées d'hiver, on parlait longtemps de la « Fère à la Forge ».
Texte de Marcel Vauprés, extrait de la Voix des Clochers n° 81 de 1968
La fin du XXe siècle relancée par la fusion de 1973
Ce siècle, c'est bien connu pour tous les historiens, commence à la fin de la Grande Guerre qui, ici comme partout autour, moissonna une grande part des hommes dans la fleur de l'âge : 29 morts sur la stèle commémorative.
Montgothier, sous la municipalité de Victor Pinard (27/11/1917 au 7/04/1930) assisté de son adjoint Victor Maillard, n'avait plus que 381 habitants et semblait avoir laissé passer sa chance quand les 70 carriers du Bouée étaient partis sous d'autres cieux, la plupart vers les nouveaux filons rocheux plus facilement exploitables, de Saint-Pois, Gathemo et Coulouvray.
Seule la gare du Pont d'Oir paraissait être une carte à jouer importante, notamment pour l'écoulement des produits agricoles (pommes entre autres), quand le mouvement des bouilleurs de cru vint tétaniser le monde agricole. Le conseil en bloc avait donc démissionné comme des centaines d'autres élus du Mortainais. Le phénomène de la « goutte » n'avait certes pas ici l'ampleur de ce qu'on voyait aux limites du département, vers Barenton, mais il y avait un atelier public de distillation à la Houstière et 3 à 4 bouillottes privées issues des grosses fermes. La distillation y était réglementée.
Victor Maillard (maire du 30/06/1930 au 7/12/1941) avait succédé en 1930 à Louis Datin (maire du 7/04/1930 au 30/06/1930), La Seconde Guerre mondiale sous la municipalité de Paul Vauprés (7/12/1941 au 28/01/1945) surprit donc la petite commune dans ce climat économique et moral morose. Les Allemands s'installèrent, notamment les terribles « feldgendarmes » avec leur hausse-col de métal, dans les écoles, la mairie, le presbytère ; ils se dispersaient dans les fermes avoisinantes pour chercher, souvent manu militari, de la subsistance, œufs et goutte notamment.
Les combats du Pont d'Oir voisin (voir notre relation de la commune de Chalandrey) eurent ici un grand retentissement, tout comme la mort de victimes civiles au village du Grand Vaudoir (Mélina Mazier et Marcel Davy), dans un bombardement nocturne (8 au 9 août 1944) lié à la bataille de Mortain par un avion allemand isolé. Peut-être simplement un avion en difficulté ayant largué ses bombes à l'aveugle puisqu'il n'y avait aucun objectif militaire à cet endroit, proche néanmoins des combats du Pont d'Oir quelques jours plus tôt.
Par ailleurs, la commune eut encore à déplorer quatre victimes militaires, soit dans la campagne de France, soit dans les stalags : Ernest Jourdain, Émilien Lechat, Albert Trochon et Marcel Letourneur.
La Libération, on le comprend, fut donc la bienvenue, Paul Vauprés, révoqué un moment comme tous les maires qui avaient servi sous Vichy et remplacé quelques mois par François Lehéricey (28/01/1945 au 20/05/1945) reprenant sa place (du 20/05/1945 au 15/02/1946). Eugène Morin lui succédera du 15/02/1946 au 31/10/1947, pour lancer la commune dans l'après-guerre.
Les personnages emblématiques de l'époque furent le curé Henri Le Grand nommé le 19/08/1945 (qui fêta ici son jubilé d’argent sacerdotal en 1961), Charles Calvary secrétaire de mairie, les instituteurs Vialas et Mme Valet qui, en 1949, accueillirent le sous-préfet lequel trouva l'école de garçons trop petite et en mauvais état.
Sous la municipalité d’Albert Lemétayer (31/10/1947 au 15/05/1953 avec comme adjoint Louis Alexandre) une nouvelle réflexion (voir notre chapitre écoles) s'entama donc sur le sujet brûlant des écoles… depuis près de 100 ans. Il y eut, en 1952, deux projets d'implantation sur des terrains concurrents : celui de Maurice Lemétayer sur lequel était implantée la maison habitée par Maurice Faure et qui avait la faveur du maire, ou celui de Lejemble, exploité par Jamont et proposé par Paul Vauprés. La campagne des municipales de 1953 fut des plus animées, Louis Alexandre devant faire fonction de maire du 23/05 au 13/06 après 7 tours improductifs, puis s’effacer (tout en restant adjoint) quelques mois plus tard, devant Paul Vauprés (maire 13/06/1953 au 27/01/1968).
On changea alors l’affectation des terrains dans une ambiance tendue ! Ce n'est qu'en 1955-1956 que la situation se tassa avec, il est vrai, d'autres chats à fouetter, comme l'adduction d'eau et couronnant cette période d'apaisement, l'inauguration fin 1958 tout à la fois de la mairie, du groupe scolaire, des chemins du Grand-Vaudoir et de la Chabottière.
En 1963, une exceptionnelle tornade causa beaucoup de dégâts (notamment sur l'exploitation Léon au Domaine) et l'année suivante l'adhésion au Syndicat intercommunal à vocation multiples lança, comme partout ailleurs, le début d'une réflexion sur une association plus grande encore qui déboucha, on le verra ailleurs dans ce livre, sur l'association générale des communes à l'orée des seventies ici sous les municipalités de Louis Alexandre (27/01/1968 au 13/04/1971), puis de Pierre Julien (13/04/1971 au 31/03/1977).
Cette période (333 habitants en 1971) fut aussi celle d'un vaste bouleversement socio-économique. Les deux commerces (Dodeman et Derolez) fermèrent tour à tour après 1976, et Paul Vauprés fils, élu en 1977 (31/03/1977 au 24/03/1989), eut à gérer les débuts de la commune-canton (accord en 1972 finalisé le 1er janvier 1973), le remembrement (1982), la première fermeture de classe (1983) avec le départ de Mme Gastebois puis la fermeture définitive avec Mme Penven le 6/07/1985, entraînant la dissolution de l’Association des Parents d’Élèves, transformée l’année suivante en comité d’animation.
Les regards se tournèrent bien sûr dans toute cette période sur les réalisations aussi nombreuses que spectaculaires de la commune-canton sur deux décades prodigieuses (1973-1993) que nous développons par ailleurs.
Montgothier n'en continua pas moins de vaquer son petit bonhomme de chemin (accueil des cascadeurs Fermax en 1988-1989), et de mener sous la mandature Alain Derolez (du 24/03/1989 à 2008) quelques dossiers importants pour la commune, comme l'ouverture de la salle communale (1991) dans l’ancienne école, la création du plan d'eau (1991), les 4 logements H.L.M du Bourg (1995), le sentier pédestre du bourg au Bouée (1998), l’aménagement du bourg (2006). Quand démarrèrent en 1994, et pour une bonne décennie, les Féeriques au château du Logis, le nom de Montgothier se fit connaître bien au-delà des limites de la commune !
Jean-Paul Vauprés, élu en 2008, fait un point lucide de la situation actuelle de son petit bourg : « Nous sommes stables depuis 2005 sur une population de 250-260 habitants. Même chose pour l'agriculture avec une dizaine d'exploitations mais dont la concentration s'est accentuée, la moyenne étant actuellement de 90 hectares quand elle était d'une douzaine en 1970. Pour le logement, P.L.U et S.C.O.T ont limité les zones constructibles, c'est ok pour la réhabilitation d'anciens bâtiments, par contre il n’est plus possible de construire ailleurs qu'autour du bourg. Ce qui nous inquiète ? La réforme territoriale qui risque de nous rapprocher d'Avranches et surtout, le nouveau mode électoral qui va tout bouleverser : au lieu de notre vote communal initial, des listes bloquées de 23 avec la parité sur l'ensemble du canton. Quid des maires-délégués et de l'entité commune, cellule de base, après la famille, de notre société ? Quarante ans après la commune-canton, on risque de faire disparaître, et sans consultation de la population, l'évolution harmonieuse que nous étions parvenus à instaurer »
2013 Une partie de la population de Montgothier, posant pour le 40 ème anniversaire de la commune-canton.
Devant de gauche à droite : enfants Elie Angot, Gautier, Eve Angot, Paul Barbedette, Mathis Poulain, Elodie Gautier, Axel Poulain, Pierre Barbedette.
2ème rang de gauche à droite : Bernadette Vauprés, Pierrick Angot, Coralie Angot, Isabelle Unvoy, François Lehéricey, Renée Lehéricey, Madeleine Hamel, Jean-Paul Vauprés (maire délégué), Marie Badier, Martine Roussel, Raymonde Poulain, Nadège Poulain, Anita Barbedette.
3ème rang de gauche à droite : Roland Datin, Bernadette Berthelot, Jeanne Cheval, Yvonne et Auguste Gouvenou, Albert et Odette Lehérissey, Emile Hamel, Lucile Derolez, Huguette Barbedette, Michelle Le Mest, Dominique Vauprés, Nelly Vauprés, Jacques Le Mest, Thierry Poulain.
4ème rang de gauche à droite : Jean Blanchet, Claude Margerie, Gautier, Charly Unvoy, Emilie Unvoy, Marie-Ange Davy, Simone Hamel, Stéphane Gautier, Philippe Unvoy, Marcel Lethimonier, Juliette Derolez.
Rang du haut de gauche à droite : Monique Blanchet, Serge Hamel, Claudine Margerie, Albert Trochon, Marcel Barbedette, Bernard et Odile Laigre, Denise et Louis Alexandre, Auguste Dubreuil.
L’église Notre-Dame
et la vie religieuse
L’ancienne église était sûrement contemporaine de la création de la paroisse, autour de l’An Mil, proche tout à la fois du gué sur l’Oir et du château. Elle profita très certainement du pastorat très fécond du curé René Le Prieur, admirateur de saint Jean Eudes dont on voit l’emblème (le cœur enflammé) au-dessus de l’autel Saint-Laurent. Le chœur est du XVIe siècle ; elle a gardé son clocher typique, un cadran solaire mais le portail montre la date de 1744 et une inscription dans la charpente de 1751, contemporaine donc du logis neuf. Le maître autel est du XVIIe siècle, ainsi que les stalles et les bancs très semblables à ceux qui ont pu être sauvés de l’effondrement de la cathédrale Belle Andrine d’Avranches et que l’on peut encore observer à Ponts et à Saint-Quentin-sur-le-Homme.
Tout ce mobilier est de l’époque du curé Le Prieur dont la tombe est dans le cimetière. Par contre, on sait par les archives municipales comment est venue échouer là une superbe toile du XVIIe siècle, représentant saint Jean l’Evangéliste.
C’est en 1896, suite à une demande du curé Noël venant du ministère des beaux-arts, qu’elle vint remplacer une ancienne toile de retable dont elle reprenait les mêmes dimensions, soit 2,15 m sur 1,35 m. La toile fut installée en 1897, au grand dam d’ailleurs du curé Noël, qui aurait préféré à « Saint Jean écrivant son livre »… une Assomption, vu qu’il s’agissait d’en remplacer une, et que la fête patronale était justement le 15 août ! Ce tableau fut prêté en 1958 à la ville de Vire pour une exposition et de nouveau réparé à l’occasion.
Les dates à retenir de la vie de la cure après la Révolution :
Construction du presbytère entre 1806 et 1812 (c’est encore actuellement une superbe bâtisse, propriété d’une société britannique depuis la mise en vente en 2000). La croix du cimetière fut érigée en 1854 en granit des carrières locales (pareillement d’ailleurs à la croix de l’hôpital de Saint-Hilaire).
Les années 1891-1892 furent marquées par les demandes récurrentes des curés Ménard puis Noël et de la Fabrique, de faire réparer l’église…voire d’en construire une neuve. La commune resta sur sa position.
1933 : bénédiction du chemin de croix, d’une statue de sainte Thérèse et le vieux calvaire en bois de la Croix-des-Bois fait place à un ouvrage en granit.
1935 : le conseil municipal donne son accord pour la construction de la sacristie et à cette occasion, il est mis en place une tombola pour trouver les fonds nécessaires.
1975 : le clocher est refait et trois fois par jour, sept jours sur sept, Léon et Marie-Ange Davy font sonner les cloches.
gL’abbé Henri Le Grand, nommé le 19/08/1945 y fêta son jubilé sacerdotal en 1961 et quitta Montgothier en 1966 pour prendre la tête du doyenné d’Isigny. Son remplaçant, Michel Trublet, fut le dernier prêtre résidant de Montgothier jusqu’en 1976. A cette date, il devint curé de Saint-Hilaire jusqu’en 1991. Toutes les églises paroissiales du canton furent supprimées le 1er septembre 1994 pour faire place à une seule paroisse nommée « Saint-Martin d’Isigny ».
Les écoles
une pomme de discorde pour les municipalités successives
Montgothier est assurément le bon exemple du problème, rencontré un peu partout au XIXe siècle, quand les communes eurent beaucoup de mal à se substituer aux anciennes paroisses. La Révolution qui bouleversa tout, vu l'insécurité, ne put rien mettre en place et l'Empire, s'il jeta les bases d'un État centralisé fort (dont on bénéficie encore aujourd'hui) ne put lui-même faire appliquer ces nécessaires réformes. Les troubles durèrent jusqu'aux années 1820 et ce n'est qu'après 1830 que l'économie redémarra vraiment avec les débuts de la Normandie « de carte postale » que l'on connaît aujourd'hui, celle de belles vaches laitières paissant paisiblement sous les pommiers.
Sous l'action de préfets nantis des pleins pouvoirs, les communes eurent financièrement du mal à suivre une modernisation menée tambour battant, s'épuisant aux voiries, avant quelques années plus tard de se pencher sur l'éducation.
A Montgothier, les archives municipales datent à 1838 (662 habitants) le besoin d'une école. Celle des garçons existait déjà dans une « maison d'école » louée pour la circonstance et remplacée par un bâtiment ad hoc en 1856 (réception 12/04/1856). Les filles n'eurent la leur qu'en 1891 (réception 21/11/1891), dans une période où les relations se tendirent avec l'Église, notamment quand on voulut « laïciser » la Sœur Morin qui exerçait là depuis des années.
La séparation de l'Église et de l'État ne fit qu'envenimer les choses qui étaient cependant dans les années 1905-1913 déjà bien cadrées, puisqu'il y avait même une cantine procurant l'hiver, de la soupe aux enfants de l'école. Une époque où les maîtres pouvaient avoir « la main lourde », tel cet instituteur Adam condamné pour violence en 1912 !
En 1943 et pour un an les écoles furent réquisitionnées par les Allemands, et les élèves durent se regrouper chez Albert Cheval (garçons) et Ernest Derolez (filles).
nDans l'après-guerre (1949), les projets de nouvelles implantations scolaires divisèrent le conseil municipal jusqu'en 1953, pesant même sur les élections où il fallut pas moins de sept tours pour élire un maire, Louis Alexandre, puis Paul Vauprés. Ce n'est qu'en 1958 que fut acté le nouveau projet d'ensemble scolaire, les classes filles-garçons étant géminées.
Nous étions encore en plein boom démographique de l'après-guerre, mouvement qui commença à se tarir en 1983 avec la fermeture d'une classe, en même temps que le départ de Mme Gastebois qui officiait là depuis 16 ans. L'école ferma définitivement en 1985 avec dissolution au même moment de l'association de parents d'élèves qui se transforma en comité d'animation présidé par A. Gouvenou. Le bâtiment ne disparut pas pour autant, devenant en 1991 une salle communale.
2003 accroupis de gauche à droite : Alain Derolez (maire), Michel Alexandre, Albert Faure, Louis Lehéricey, Marcel Letourneur, Émile Marie, Michel Hamon, Jean Dubreuil, Michel Boudet.
Debout de gauche à droite : Michel Derolez, Georges Dodeman, Adrien Boudet, Auguste Dubreuil, Alfred Lelandais, Jacques Vialas instituteur, Albert Lehérissey, Louis Datin, Louis Morin, Albert Trochon, Ernest Mary, René Lethimonnier
1935-1955 : Montgothier, un petit bourg bien tranquille
Aujourd'hui, Montgothier est un petit bourg bien tranquille et propret que sa situation, un peu à l'écart de deux grandes routes, celle d'Isigny à Avranches (l'immémoriale route dite « de Brunehaut »), et celle de Ducey à Brécey par la Mancellière, met à l'abri des « poids lourds » et autres engins encombrants. Seuls les gros tracteurs des G.A.E.C. viennent rompre une monotonie qui dénote avec ce que l'analyse des archives et les souvenirs de quelques anciens nous dépeignent voici seulement quelques décennies.
Sans même parler « d'avant-guerre », il y avait encore bien des similitudes entre le Montgothier des années 50 et celui si bien décrit par l'instituteur dans son rapport à l'Académie, juste avant la Grande Guerre. Certes, l'activité avait un peu décliné, mais on était encore avant cette terrible décennie, celle des années 55-65, qui vit la disparition totale des chevaux de nos campagnes. Or il y avait autour de ce paisible et si précieux animal toute une activité d'artisans, des « gagne-petit » comme le charron Marcel Heslouin (décédé en 1965), dont l'épouse, tout en aidant le curé, sonnait les cloches trois fois par jour.
L’activité de Marcel Heslouin était très liée à celle d'Émile Sauvé qui, tout à l'autre bout de la commune, à la Chaslerie, démarra difficilement comme bourrelier... au moment même où la traction hippomobile déclinait ! Il sut néanmoins, tout en continuant d'assurer la réparation des harnais et licols, se « reconvertir » dans la literie, la tapisserie, et transmettre le flambeau à deux générations suivantes (1). Perdu dans la campagne, sans jamais prendre de vacances, mais libre de son temps et de son travail, quelques photos jaunies nous le montrent encore cardant la laine (la plupart du temps fournie par le client) pour faire ces belles couvertures piquées... si utiles l'hiver dans les chaumières où il n'y avait comme seul chauffage que l'âtre, dont le foyer se relançait d'une « fouée » de bon matin et, quand les carreaux des chambres ne connaissant pas encore « l'isolation », s'ornaient de jolies fleurs de givre dès la nuit tombée !
(1) : Emile Sauvé sut transmettre le flambeau à ses descendants. Son fils Christian, apprenti à Saint-Malo, installé à Isigny (1987), puis Ducey (1999), ayant lui-même instillé la vocation de tapissier-décorateur à son fils Mickaël, compagnon du Devoir, désormais installé à Rennes.
La vie du bourg résonnait au rythme des « sacotins » agités par les petits écoliers, dont le vent d'Ouest par moments, amenait les ébats animés de la cour de récréation où on jouait à des jeux bien oubliés de nos jours : les barres pour les filles, billes et « calots » pour les garçons, sous l'œil de maîtres sévères, en blouse grise.
Tout tournait autour des deux cafés dits « du Haut » (Albert et Marie Derolez), et « du Bas » (Marcel et Émilienne Dodeman). Deux estaminets qui résumaient bien la séparation à la fois géographique, mais aussi... électorale et politique de la commune. Le conseil, coupé en deux, se réunissait chez l'un ou chez l'autre sans jamais se mélanger. Ces cafés bien avant les « grandes surfaces » couvraient quasi tous les besoins d'une vie rurale, il est vrai bien moins exigeante que de nos jours. Ils faisaient épicerie, mercerie, café, tabac, dépôt de pain et de grain, sabots, journaux, et même après-guerre, cabine téléphonique : des « supérettes » avant l'heure en quelque sorte !
Pas d'horaire d'ouverture ni de fermeture ; le plus gros de l'activité, c'était le dimanche après la messe où il fallait se faire aider tant tournaient... les tournées ! Émilienne Dodeman qui dut se débrouiller seule pendant toute la guerre, son mari étant retenu en captivité, recevait aussi « en pension » tous les midis, les enfants des écarts qui apportaient leur gamelle car il n'y avait plus de cantine. Après-guerre, Marcel Dodeman également fontainier, afficheur municipal et adjoint d'Eugène Morin, effectuera même les 30 km quotidiens à vélo en tant que facteur intérimaire, ajoutant à cette belle palette d'activités celle de coiffeur ! Les coupes de cheveux (« en brosse » d'office et sans autres fantaisies !) s'effectuant sans façons, dans la cuisine, quasi en famille ! Le dimanche matin, après la messe, le boucher, Vital Mauviel de Pain d'Avaine, installait son étal, tout comme en semaine retentissait de temps à autre le klaxon d'un poissonnier ou d’un marchand de fruits et primeurs.
Photo : Emilienne DODEMAN
Tout à côté, on trouvait encore l'atelier cycles de Maurice Morin « dit la Fleur » ou du cordonnier Albert « dit Maurice » Faure. Né à Paris, il s’était installé depuis son mariage en 1940 à Montgothier, avec pas moins de douze bouches à nourrir, dans sa minuscule échoppe sentant le suif, là où se trouve actuellement la mairie, et où il se baladait toujours en chaussons (1) et sabots, (ne mettant des chaussures que pour aller aux enterrements !). C'était, avec son tablier de cuir, le dos un peu voûté, une des figures pittoresques du village.
Il lui fallait monter à vélo plusieurs fois par an à Fougères pour y chercher le cuir avec lequel il réparait chaussures, bottes, sacs à main, sacotins à semelles de bois. Dans l'immédiat après-guerre où la monnaie était encore rare, il troquait son travail contre du beurre ou de la viande, et, pour améliorer l'ordinaire de sa marmaille, cumulait les « p'tits boulots » comme on dirait maintenant. Pêcheur d'anguilles au Pont d'Oir avec une « moche » de vers enfilés sur du fil à chaussures lesté de boulons, il ramenait des brocs entiers de poisson. Mais il était aussi et surtout taupier, ce qui lui imposait tous les matins en saison d'effectuer sa « tournée » avant d'aller traire les vaches chez sa belle-mère au Laisir en la Mancellière. Il en ramenait le lait et la dizaine de peaux de taupes qu'il mettait à sécher avant de fournir (400 d'un coup quand la récolte était bonne) la maison Pinel (père) pour faire ensuite les fameux chapeaux de « taupin » qu'appréciaient tant les élégants parisiens.
- : illustrant ô combien le dicton selon lequel « les cordonniers ne sont pas toujours les mieux chaussés » n'est-ce pas ?
A cette époque les voitures étaient encore rares dans le bourg mais, on l'a vu, autour de l'école et des cafés, il y avait un va-et-vient permanent, renforcé par d'autres activités saisonnières : les chargements allant vers le moulin à posson d'Auguste Decan ou celui du Bois , propriété des Brard et ensuite Théophile Hamon, les convois de moutons allant vers chez François Lebrec qui faisait commerce de la gent ovine, à la Forge-Coquelin, là où se tenait autrefois la grande foire annuelle, ruinée par la Grande Guerre.
Vers 1955, arrivèrent les premiers tracteurs (voir notre reportage sur les frères Lemétayer), et dix ans plus tard, tous les chevaux avaient disparu, ce qui entraîna la mutation complète et irréversible de l'agriculture. Plus de petites exploitations, de petits lopins de terre où on vivotait bon an mal an. Le remembrement, vingt ans plus tard, s'imposa à tous, au moment où se tarit le boom démographique de l'après-guerre. Plus de mouvement dans les campagnes, finis les cris joyeux des enfants dans la cour de l'école. Les bistrots mirent l'un après l'autre la clef sous la porte, une nouvelle époque commençait, celle que nous vivons maintenant : les écarts (1) ne sont plus habités (et encore quelques mois par an seulement) que par des Britanniques ; ne sont cultivés que les espaces dits « rentables » et l'entité commune, devient elle-même menacée par les « réformes territoriales » dont on ne peut présumer rien de bon. L'âme de nos campagnes, espace « à vivre », et pas seulement à « travailler et à rentabiliser », s'étiole de plus en plus. Gardons-en au moins, et c'est ce que nous tentons de faire ici, le souvenir...
- : village éloigné de l’agglomération dont il dépend.
Les « Féeriques de Montgothier »
1994-2007, l'inoubliable aventure
On s'est fait ici des amis pour la vie » ! Avec le recul, Antoine Gautier-Sauvagnac porte un regard lucide sur ce qui fut treize ans d'un formidable élan dont il fut sans conteste le porteur.
Vice-président de l'Association qui porta l'aventure, Philippe Lehérissey résume comment fut déterminant l'engagement du jeune avocat désormais parisien : « Antoine, c'était de l'audace permanente, celle qui, quand vous êtes au milieu du gué et que les troupes pourraient commencer à douter, vous emmène, comme un seul homme, sur l'autre rive ».
Que de chemin parcouru il est vrai quand ce tout jeune homme de vingt ans se décida, sur les pas de Chateaubriand (1) à emmener une berline Louis XVI (construite chez Cahu aux Biards) de Paris à Saint-Malo. Antoine Gautier-Sauvagnac explique bien l'idée : « Avec plusieurs amis des chevaux, on organisait déjà des tournées dans le pays autour du centre hippique de Saint-Hilaire et, en 1991, ce projet a créé un bel élan. Vous pensez, on a bivouaqué en plein Paris à l'école militaire, pique-niqué à Versailles au pied du Grand Trianon, les chevaux buvant l'eau du grand canal ! Il y a eu une espèce d'étincelle, on a vécu sur les routes comme des Bohémiens, dans un grand brassage générationnel et social et, à l'arrivée, on a même fait une sorte de petit son et lumière très réussi : tout est parti de là ».
(1) : C'était une évocation du voyage que fit, en 1791 l'auteur du Génie du Christianisme de Paris, vers Combourg, fuyant la Révolution, avant son fameux voyage aux Amériques.
En 1992, pour ne pas laisser retomber le soufflé de ce succès, une même équipée fut organisée vers le Berry avant qu'en 1993 pour les 20 ans de la commune-canton, elle soit sollicitée pour un grand et unique spectacle (15 000 spectateurs) dans des conditions difficiles (lac vidangé au milieu de nulle part), et surtout un incendie «qui peut-être galvanisa un peu plus les troupes. Visiblement comme on dit, la mayonnaise avait pris ».
De fait ensuite, de 1994 à 2007, les Féeriques volèrent alors de succès en succès : cavalerie, artifices, une nouveauté chaque année, pour arriver en dix ans à un niveau jamais atteint dans le Sud Manche. En plusieurs séances, autour d'une dizaine chaque année, 20 à 25 000 spectateurs découvraient une mise en scène extraordinaire faisant revivre, dans le grandiose, mais aussi avec humour parfois, les grandes épopées historiques du Sud Manche : des Normands au Mont-Saint-Michel médiéval.
Or tout s'arrêta en 2007 alors que le spectacle était au faîte de son succès. « Avec le recul, explique Antoine Gautier-Sauvagnac, c'était la bonne décision, très difficile à prendre d'ailleurs car nous avions du public, une équipe très soudée et motivée, mais en faisant toujours de la corde raide sur le plan financier ». En période estivale, sur dix ans, il n'y avait rien d'équivalent de ce niveau pour faire connaître le Sud Manche (il faut rappeler que la tribune des Féeriques avait 4 000 places assises ce qui représentait environ 16 fois la population de Montgothier) et il manquait juste le coup de pouce, notamment sur le plan de la communication et du marketing que seul le Département était capable de fournir, mais que les organisateurs attendirent en vain. « Ce n'est jamais facile, conclut un brin amer Antoine Gautier-Sauvagnac, de tourner la page, d'autant que vis-à-vis de l'extérieur, elle était difficile à comprendre puisque les gens étaient toujours investis, que tout marchait avec un monde fou au spectacle et jusqu'à 1 800 repas servis parfois. Mais on peut avoir la fierté d'avoir terminé en apothéose et à guichets fermés, et la satisfaction d'avoir créé une situation forte et pérenne sur une idée finalement ténue, née, on l'a vu, en 1991. Toutes ces années, on a fait parler du Sud Manche, suscité également une dynamique commerciale et touristique intéressante surtout en période estivale dans l'Avranchin. Il n'y a donc rien à regretter. Je crois au contraire que nous avons su éviter de faire le spectacle de trop, ce qui nous a permis de terminer cette belle aventure en beauté ».
Le Logis de Montgothier
Sa construction (autour de 1722-1728 pour le corps de logis principal), est à placer dans la continuité des sieurs Abraham enterrés dans l’enfeu de l’église quand leur petite fille Elisabeth épousa, début XVIIe siècle, Claude Gouin, bourgeois de la ville d’Avranches.
En 1724, leur descendant obtint (1) la réunion du fief local avec celui d’Athys et c’est lui qui fit construire ce superbe édifice de style Louis XIII, assez ressemblant à celui du Buat. Les communs sont respectivement datés de 1728 et 1732. On sait que l’évêque y descendait lors de ses visites pastorales et qu’il ne disposait pas de chapelle car ayant, en son intérieur, un oratoire particulier (2). A noter encore son entrée solennelle à deux piliers, son puits pittoresque dans la cour, l’escalier extérieur à double révolution.
Transformé en ferme après la Révolution, il échappa de ce fait aux fâcheuses modifications que l’on vit un peu partout dans la région au XIXe siècle et fut bien relevé par la famille Gautier-Sauvagnac à partir de 1970. C’est autour de ce bel ensemble que se tint une quinzaine d’années durant le fameux spectacle des Féériques dont nous parlons par ailleurs. Tout à côté, la ferme a été longtemps tenue par Paul Vauprés, maire de 1941 à 1946 puis de 1953 à 1968, et dont les noces d’or en 1970 furent honorées de la visite du célèbre journaliste Jean-Paul Rouland qui s’y était réfugié à l’âge de 15 ans en 1944. André Vauprés y a ensuite remplacé son père et c’est son frère l’abbé Marcel Vauprés, vicaire à Avranches, qui a publié l’article sur les carrières du Bouée dont nous avons publié précédemment un extrait.
(1) : Ces Gouin étaient originaires du manoir d’Auberoche en Saint-Martin-de-Landelles dont les ruines sont encore visibles au-dessus de la vallée du Lair. Leur noblesse était douteuse. Robert Gouin, bourgeois d’Avranches fut condamné le 15 mars 1669 à 300 livres d’amende pour avoir indûment pris la qualité de noble dans trois contrats. En 1716 seulement, il fut confirmé par le régent grâce à ses quinze années d’états militaires glorieux sous les armées du roi. C’est le fils, Jean, qui réunit les deux fiefs de Montgothier et d’Athys en 1724 et fit ensuite construire le nouveau manoir, l’ancien se trouvant sur les bords de la rivière, à l’Est de l’église.
(2) : Selon l’ancienne coutume, on rehaussait le plancher au-dessus de ces oratoires car il n’était pas convenable de marcher ou d’entreposer quoi que ce soit au-dessus de ce « ciel » (d’ailleurs souvent étoilé) représenté par la voûte de l’oratoire.
Cette jolie demeure seigneuriale a donc retrouvé une nouvelle jeunesse grâce aux époux Gautier-Sauvagnac qui, en plus d’avoir eu l’amabilité de nous recevoir, ont bien accepté de nous expliquer comment ils en étaient devenus acquéreurs. « Mes racines rurales fortes dans la région de Houdan et dans le Limousin, explique Denis Gautier-Sauvagnac, se sont transplantées du fait de notre mariage en 1965 à Parigny (avec Solange Fauchon de Villeplée, famille originaire de Vezins) en Normandie, dans cette vieille demeure, sauvée par nos amis Vauprés qui l’habitaient ». Achetée en janvier 1970, c’était une ferme qui avait un certain cachet, mais qui n’avait vu aucun ouvrier depuis 43 ans, quand les couvreurs s’attaquèrent à la toiture ! Les travaux perdurèrent jusqu’en 1995, ce bel ensemble finissant par être bien connu de toute la région, grâce au succès populaire des Féériques qui amenaient de 20 000 à 25 000 personnes tous les étés pendant près de 15 ans. « On ne peut garder pour soi une telle demeure que nous ouvrons donc au public pour les journées du patrimoine en septembre et les deux mois d’été. Souvent absent pour raisons professionnelles je me ressource dans cette maison qui conforte mes attaches rurales, l’hiver j’y élague mes arbres ou j’y monte à cheval (Denis Gautier Sauvagnac fut en effet 14 ans président de l’Eperon, la société hippique de Saint-Hilaire) et ce fut aussi, moralement, ma forteresse quand le ciel m’est tombé sur la tête à deux reprises en 1983 et 2007 » (1)
(1) : Denis Gautier-Sauvagnac fait là, allusion, à l’époque où, en 1983, le groupe U.L.N (Union Laitière Normande) qu’il dirigeait subit une OPA hostile d’un groupe concurrent, et en 2007 de son implication dans la « fluidification » des relations syndicats-patronat quand il était président de l’UIMM (Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie), la principale composante du M.E.D.E.F (Mouvement des Entreprises de France).



































































































































































































